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Les commentaires de Pointscommuns.com : le premier site de rencontres par affinités culturelles.

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  • 05/03/14--10:07: les pas par Helio_
  • Dimanche, tu auras à renaître. Il pleut sur la campagne, mais nous sommes avec toi; de vrai, la route est sûre, ainsi que le repos promis . Vois-tu, nous entendons tout bas ce que les gens qui errent ont eu par devers eux . Un blason et deux syllabes ouvertes sur le monde, pour un peu de lumières élevée par toi même, par toi seule ici-bas, et qu'il est bon de vivre, de vivre et puis d'aimer pour un peu cette voie . Des abeilles dansent déjà un tissu de lent miel, et l'or du jour tremble en feu sur les vignes et les bois . Nous savons de quoi vivre .... Un livre ouvert, ami d'encre et de verbe; un baiser sur ta joue qui restera la seule, et des portes très closes sur un petit menteur, à deux ailes aux chevilles et qui nous fait des farces . Enfin, pour un portrait entre deux trois stations, voilà pour le prix du silence, et non, nous sommes embarqués ! 13h55, le 03.05.13. In vivo veritas

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    Au jeu des familles, comme carte du tendre, c'est lui qu'elle avait pioché. Lui, l'homme marié. Et quand bien même il avait joué carte sur table, et quand bien même elle n'avait pas renchéri sur sa mise, elle n'avait pas pour autant rebattu en brèche les cartes à venir. Au jeu de dames, c'est l'atout cœur qui s'était imposé à lui. Et quand bien même il eut voulu une simple aventure, et quand bien même il n'envisageait pas de remise en je, il n'avait pas pour autant arrêté de s'engager sur le rouge flamboyant. L'attrait du je autre les avaient menés à entamer une partie devenue peu à peu collée serrée même s'ils savaient que leur pas de deux seraient comptés. Peut-être leurs corps à cœur qui les laissaient exsangues devaient cette intensité à l'imminence permanente d'une fin annoncée. Ou alors il était question de sentiments, mais les en-je étaient trop risqués pour l'envisager ainsi, aussi ces maux-là étaient tabous entre eux. Valait mieux fuir ces mots de peur qu'ils ne se sauvent, puisqu'ils ne pourraient les sauver de l'impasse dans laquelle ils s'étaient engouffrés. Même s'ils avaient toujours cru ne pas s'aventurer sur ce terrain- là, les règles leur étaient connues d'avance . Aucun joker n'amortirait l'issue fatale. La perte se profilait avant même l'annonce. Nul ne sortirait gagnant à ces je de l'amour et du hasard. Cupidon, pour se distraire, avait empoissonnés ses flèches pour mieux fausser les enjeux. Ils ne dérogeraient pas à la règle. De toutes façons, les histoires d'A finissent mal en général.

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    Tu virevoltes. Tu virevoltes, tu babioles, tu caprices, mais tes légers mouvements gracieux, saccadés, imprévisibles, ne t’emmènent jamais très loin ; tu primesautes, tu turbules, nerveux, indécis mais élégant, chorégraphiant ton chahut énigmatique à petits jets bondissants ou rétrogrades, élans fugaces, lignes brisées sans axe ni direction, tantôt fuyant, tantôt accourant vers ce qui te perdra, papillon, joli papillon viens dans mon filet que je t’attrape, que je te libère, laisserai-je ta vie sauve ?, pose-toi sur mon bras, montre tes couleurs rutiler au grand soleil de midi, t’épinglerai-je joli papillon ou ne t’épinglerai-je pas ? Jeu innocent, fantaisie vivante qu’une dérive de hasard fit venir dans mon jardin, il y a avait si peu de chances de croiser ta route. Une sur deux mille… tu es si rare Tu veux me faire admirer de près le kaléidoscope de leur million d’écailles ? Attention papillon, joli papillon, petit écervelé, fascine-moi de tes arabesques plutôt que de ton somptueux coloris, le tableau de liège n’est pas loin ….. ton ballet c’est ta vie, son arrêt signe ta mort. Pourtant tu cesses ton infime tumulte. Délicat tu déposes ton petit corps d’insecte sur le bout de mon nez, déploies tes larges ailes tout près de mon visage. Je sens l’ombre d’un voile brouiller mes perceptions, puis très lentement tes fines membranes s’approcher et se coller sur ma peau. Et peu à peu je comprends que ton être, dans une seconde mue, vient de prendre possession de mon épiderme, que bientôt il n’en restera rien qu’un acide térébrant s’enfonçant toujours au plus profond de mes chairs. Papillon, le masque de ta maladie ne cesse dès lors de me défigurer. Tu t’es fondu si intimement que ton corps étranger est devenu le mien - il faudrait désormais t’arracher en grattant jusqu’à l’os. Affreux papillon, je n’ai pas pressenti ta métamorphose, tu t'es fait loup pour me happer dans ta gueule et me ronger toujours plus, tu m'as cloué sur ton tableau de chasse et depuis tu danses, tu caprices, tu turbules, tu virevoltes notre autodestruction.

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    Monsieur Kafek Rème, mon prof de maths en 6è, qui voulait qu’on l’appelle Théo, Monsieur Harry Tmétique, mon prof de maths en 5è, Alfred Gèbre, dit Al, mon prof de maths en 4è, Madame Tétie ma prof de maths en 3è, une homo Monsieur Lépipède mon prof de maths en 2nde (un ancien para), Monsieur ou Madame Lation (…personne n’a jamais su son sexe, cherchez pourquoi…) mon/ma prof de maths en 1ère, Mademoiselle Anna-Lise Complexe, une vieille fille qui en avait bien des, ma prof de maths en terminale. Si je me suis attardé aussi longuement à les nommer un à un, c’est - identité remarquable – qu’ils étaient tous de la Croix Rouge. C’est stupéfiant mais c’est vrai. En général, chaque année, mes copies doubles étaient invariablement barrées sur chaque face de ces grands signes d’un feutre aussi large que généreux - « ah ah ah, ah ah ah ! le nul ! » - ce qui exerçait une irrésistible fascination sur mes camarades de classe. Oui, j’étais visiblement nul. C’est pourquoi j’ai opté pour des études littéraires. Bien m’en a pris, j’ai décroché plein de diplômes et comme j’ai la fibre sociale, j’ai trouvé du boulot dans un programme d’alphabétisation devinez où ? à la Croix Rouge. Au début ça m’a rappelé quelques mauvais souvenirs, mais je me suis vite aperçu que je pouvais désormais me venger sur de frustres immigrés de toutes les vexations subies à l’école. A mon tour de biffer du beau sigle rouge de la fraternité et de l’entraide leurs ridicules erreurs d’orthographe et de syntaxe. Si vous saviez comme je me gausse parfois… « Aujourd’hui interro sur la-conjugaison-au-futur-antérieur-de-quelques-verbes-défectifs- gésir-choir-ensuivre-ouïr-prenez-votre-stylo-c’est-parti... » waouuuh quelle rigolade ! Et quand il s’agit de petits syriens craintifs qui ne baragouinent pas un mot de la langue de Bossuet, je n’hésite pas à agrémenter de quelques torgnoles. « Toi pas content toi rentres pays, ok ? ». Aucun risque qu’ils ne se plaignent et ça rentre plus vite dans leur crâne. Car à la sortie des cours pas question de traîner, la Croix Rouge c’est un engagement à plein temps, faut se former toujours et toujours si on veut rester au top, je file prendre moi-même des cours avec Dédé (action en milieu carcéral) et Maurice (soutien en quartiers en difficulté) : technique du cran d’arrêt, maniement de la batte de base-ball, poing américain, ce soir on va aller casser quelques gueules du Secours Populaire. C’est pas parce qu’on fait du social qu’il faut marcher sur nos plates-bandes ! Ah… Jamais je ne remercierai assez Monsieur Gèbre, Madame Complexe, Monsieur Lépipède et consorts d’avoir décidé de mon engagement pour la cause. On ne dira jamais assez que les profs de maths vous rendent plus humain.

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    Gamin dans l'âme, ayant refusé de grandir et d'entrer dans le monde des adultes, Guidé par ses certitudes Il avançait à tâtons dans cette vie qui le rejetait et l'ignorait. Sa force de dire non et de s’agripper à ses vérités contre vents et marées, Le faisait rester debout dans la foule qui le bousculait et voulait le formater. Du haut de sa tour d'ivoire, le vent balayait les certitudes et dressait les interdits, A l'infini emportait son existentialisme virtuel et la fragilité de ses ailes diaphanes. Son réalisme grotesque de l'avidité de vivre ses illusions chimériques, Irradiait les soleils déterministes d’un comportement qui se nourrissait de liberté. Tout était prétexte à intérioriser ses peurs et ses rêves et faire jaillir les arcs en ciel. Arrachant chaque souffle rauque de la bête inconsciente qui sommeillait, Libérant les fantômes du subconscient d’un passé écrit par des bonimenteurs, Intégrant les inégalités de la nature humaine, gommant les indélébiles écrits, Encore à la recherche d'une issue possible de cette grotte aux écueils, N'hésitant plus à décrocher les amarres de la désobéissance ancrées d’idéologies, Il naviguait sur la mer de la tranquillité à la recherche des Sylphes Fuyant le battement oppressant de ce mal monde. Lcm

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  • 05/07/14--13:17: Arvo Pärt par Tourdyvoir
  • Il est de ces hommes qui sont frappés par la grâce et tout dans son œuvre le laisse à penser..une œuvre gigantesque et magnifique. Arvo Pärt est né en Estonie en 1935, il compose très tôt mais n'est pas reconnu dans son pays, il s'essaie à plusieurs styles tout en continuant à apprendre de ses pères. Je ne vous ferais pas sa Bio ici..il ya Wiki, l'ami des internautes pour cela!! :-) Mais laissez vous porter par "fratres, Cantus in memoriam benjamin Britten et Tabula rasa"..une œuvre minimaliste (qu'il nomme "tintinnabuli") mais non dénuée d'émotions et de sens.. Arvo Pärt est un magicien.. un illuminé, il suffit de voir son regard, ses expressions dans "Sounds of silence" un reportage sur la prise de son ou il apparait, pour voir la profondeur de son art, l'envie de faire toujours plus pur et cette émerveillement d'enfant qui le rend irrésistible. Et surtout écoutez le dans de bonnes conditions.. seul.. peut être...et dans le silence. https://www.youtube.com/watch?v=FK-KC2aQpcI&list=RDf-J8LNcZgTA&index=0 Bonne écoute! :-)

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    C'était un début de soirée d’un jour hivernal, pas un hiver qui vous englue dans une température si basse que les lèvres se gercent et se crevasse au plus profond de votre être, non plutôt une atmosphère revêtue d'un manteau de grisaille qui vous enserre le cœur dans un étau et foutrait le bourdon à un cafard. Je marchais seul dans la rue, enfin presque, le désert s'était accaparé des moindres nuances de vie. Je ne me rappelle plus bien de cette rue, c'était dans le Paris où j'aime tant cheminer, sûrement un quartier derrière la gare Montparnasse, je rejoignais mon fils pour aller manger ensemble et ensuite se faire une toile. Le vent s'engouffrait dans cette artère exsangue d'âme qui vive et accompagnait les déambulations d'une pauvre hère qui avançait à une centaine de mètres devant moi. De zig en zag chaque pas étaient pareils à de grands coups de gouvernail pour garder le cap dans des eaux en furie. Arriva ce qui devait arriver ou au moins ce que je pensais qui allait arriver: une bourrasque de trop, un pied pas assez levé, l'homme bascula et se retrouva les deux genoux à terre, la tête ballante entre ses épaules. Il n'avait même pas lâché les deux gros sacs en vinyle qu'il tenait dans chaque main. La chute n'avait pas été spectaculaire, l'homme était un modeste ou introverti, les fioritures de style et les arabesques embellissant les circonvolutions n'appartenaient pas à son répertoire. Sa cabriole ressemblait à s'y méprendre à une génuflexion. J'avais hâté le pas pour lui proposer de l'aider. Avant même que j'arrive à sa hauteur, à mon grand étonnement, dans l'impossibilité de se relever je le vis opter pour une position allongée en chien de fusil au milieu du trottoir et rassembler ses deux pochons et les serrer contre lui. Remis de ma surprise et arrivé à ses côtés je lui proposais de l'aider à se relever. Lentement il tourna son regard vers moi et d'un sourire édenté il accepta mon aide. Il était vêtu d'un épais manteau d'un bleu douteux en laine, mis par dessus une veste toute bien épaisse aussi, dans ses chaussures les chaussettes avaient été astucieusement remplacées par du papier journal. J'avais devant moi un crabe qui au temps de saison venait de faire sa nouvelle carapace, protection assurée contre vents et marées, mais à l'intérieur ce n’étaient que vide et fragilité. La grisaille de son visage calquée sur l' ambiance environnante et dissimilée par une barbe hirsute qui n'avait pas encore subit les outrages du temps estompaient les origines ethniques de ce quidam. Si la coque n'était guère pleine il m'a fallu beaucoup d'énergie pour arriver à le remettre debout, quelles que soient les prises auxquelles je m'exerçais je ne trouvais que des bourrelets de tissu qui faisaient saillir et rouler ses membres dans ce sarcophage de coton. Posément, dans des relents de vinasse mal digérée il me glissa au creux de l'oreille qu'il n'avait plus la force de se tenir debout. Les reflux œsophagiques s'accompagnèrent de grognements caverneux issus de son estomac. Ce que je pensais qui allait arriver n'arriva pas, dans un flash de déprime je le voyais me dégueuler dessus me recouvrant d'une liqueur bileuse rosâtre. Je le délestais de son sac Tati rose et bleu qui devait contenir tout l'héritage de sa désocialisation et qui lui donnait un net balourd sur sa gauche, son bras ainsi libéré vint s'agripper sur mes épaules, il gagnait en stabilité ce que je perdais en assurance. Bien sûr je ne lui fis pas l’affront de lui demander où il habitait et ne savais quoi faire pour le remettre dans une ligne directrice, devant mon air ahuri et incapable de trouver une solution, il me dit "Déposez moi devant la porte". Nul doute qu'il avait une plus grande expérience que moi pour gérer ce genre de situation. Il avait joint le geste à la parole pour me désigner le pas de porte qu'il avait choisi. Il continua en m'expliquant qu'il lui fallait un peu de repos et de temps pour reprendre ses esprits. Je l'aidais à s'assoir sur la marche en marbre de carrare de l'entrée d’un immeuble, vraisemblablement ce n'était pas son lieu de villégiature habituel, mais il était de la race des escargots qui en ont tant bavé qu'ils savent rentrer dans leur coquille et attendre des moments plus propices. Quand on fait du porte à porte il faut être précis dans la démarche, aussi il me demanda de l'aider à le caler dans l'encoignure d’un pilier et du battant de la porte en bois, ainsi il serait protégé du vent et le maintien de l’érection du buste favoriserait la digestion de ses amertumes bues à grandes tirées avides. Je n’avais pas tout dit, ni tout fait, je venais de toucher du doigt la misère sociale, celle-là même qui m’interpellait quand je la voyais et faisais naitre en moi de grandes théories. Nous avons tous une guenon dans le dos qui nous dévore la nuque, la guenon de ce pauvre type était devenue omniprésente en mon for intérieur. Arrivé au restaurant je suis allé derechef me laver les mains, je fis mousser le savon tout autant que j’ai pu, mais un lavage de cerveau ne peut se faire en se frottant les mains et en les rinçant à l’eau claire. Mon fils me racontait avec forces de détails les résultats qu’il obtenait avec les jeunes du quartier qu’il avait en charge. De la méthode pour créer le contact, l’accompagnement pour les amener à se confier, l’aide apporté pour trouver des solutions à leur problématique, et les progrès obtenus. Je percevais au son de sa voix et aux expressions de son visage qu’il avait trouvé sa voie. Il me confirmait sa vocation et sa hâte dès ses études terminées de pouvoir entreprendre sa vie active dans l’établissement qui l’avait accueilli en alternance. Tout aussi grande que pouvait être ma fierté celle-ci n’arrivait à percer ce voile de honte qui m’accaparait. Quelque part dans le tout Paris qui ne vous prend pas dans ses bras il y avait un paquet de linge sale que j’avais abandonné devant une porte. S’il est des jours où Cupidon s’en fout, il en est tout autre pour Destinée fille du Chaos qui inlassablement écrit notre histoire à l’encre de notre sang et de nos larmes. Lcm

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    Véritable Ofni, objet filmé non identifiable, Blancanieves ne ressemble à rien de connu. Sorti en France en 2013, c’est un film muet tourné en noir et blanc. L’histoire est un incroyable mélo qui s’inspire du conte de Blanche-Neige et le transpose en Espagne dans les années 1920. Le célèbre torero Antonio Villalta est gravement blessé lors d’une corrida. Sous le choc sa femme accouche et perd la vie en donnant naissance à la petite Carmen. Villalta reste paralysé et se remarie avec son infirmière qui le maltraite, dilapide sa fortune et persécute la fillette transformée en esclave. A la mort de son père la jeune Carmen s’enfuit et trouve refuge dans une troupe de sept toreros nains. Bon sang ne sachant mentir, elle devient une grande torera sous le nom de Blancanieves. Déguisée en aficionada, la marâtre folle de jalousie réussit à lui faire croquer la pomme empoisonnée et la fait entrer dans le grand sommeil. Mais le conte s’arrête là, aucun prince charmant ne viendra la réveiller et la fin du film est un sommet de l’humour noir. Il y a le rêve et le cauchemar. Il y a l’outrance, la cruauté, la tendresse, la poésie. Il y a la beauté époustouflante des images. Il y a l’Espagne, la musique, la danse, la corrida. On pense aux grands du muet, à Buñuel, à Tod Browning (Freaks). Je ne me suis jamais ennuyée malgré l’absence de dialogue, je suis tombée d’emblée sous le charme et je me suis laissée entraîner dans cette histoire aussi cruelle qu’invraisemblable. Je ne pense pas qu’un tel film puisse laisser indifférent. Je comprends qu’on puisse le détester même si je l’ai ai adoré. Au réalisateur, Pablo Berger, je n’ai qu’un mot à dire : olé !

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  • 05/09/14--18:34: tranche de vie par Elena21
  • Vague à lame ....... Au soir du grand orage, je demande le scintillement d’une étoile. Soulevé sous le vent crépitant et sauvage un tourment de gouttes de grisaille s’envole c’est une lame fiévreuse, floconnante et profonde. De cet océan remuant je retiens l’écume et quelques larmes, caressantes.

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    "Autrefois, quand la Terre était solide, je dansais, j'avais confiance. A présent, comment serait-ce possible ? On détache un grain de sable et toute la plage s'effondre, tu sais bien." Elle est devenue liquide ma terre sous mes pieds. Ai-je encore seulement des pieds ! qui tiendraient toute leur place sur la surface du globe et avanceraient petits pères pénards insouciants et vagabonds, à travers rondes et chemins, un coup à droite, un coup à gauche, reculant parfois pour mieux sauter ! Ai-je seulement encore toute ma tête ? L ' Alouette. Elle s'est bien déplumée. On finit toujours "par peler du cerveau et on sait qu'on pèle, c'est le plus triste." Et mes souvenirs, même les plus beaux, s' échappent, et se répandent en copeaux si fins que je ne peux plus les toucher, ils m'échappent surtout, en sciure de souvenirs mous, en chiures de mouches laissées derrière comme dirait quelqu'un. Tenez, même mon plus riche souvenir, un amour fou, convulsif, magnifique, solaire ! eh bien, je l'ai perdu... Je m'en souviens en me retournant un peu sur le côté. Il y a bien encore quelques senteurs de pomme verte et de tabac anglais...quelques vagues de tendresse, un peu d'écume sur les lèvres....mais de cette frénésie, de cette folie, il ne me reste que de la poussière, quelques étoiles, un peu de cendres.... Je me suis efforcée, tout ce temps, tu le sais, d'entretenir les braises. Comme on tient un sanctuaire. Une bougie parfumée par ci, quelques fleurs mauves par là....une prière, une chanson, deux ou trois larmes...Célébration vaine, il ne se passe rien. Les dieux ont abandonné la place. Il va falloir balayer . Les feuilles mortes....c'est bien vrai, se ramassent à la pelle... "Quand le malheur tire son fil, comme il découd, comme il découd ! " . On en découd de même. Chacun son tour. Ce n'est plus cependant le même verbe qu'au début, alors qu'il s'agissait alors, d'en découdre, pour de bon ! C'était "Paris, à nous deux !" et pas seulement Paris : c'était ..le Monde entier , à nous deux ! Et me voici désormais immobile, enfermée, au milieu de "ruines circulaires". De tes doigts, ne coule aujourd'hui que du sable. Autrefois, des étincelles jaillissaient de tes mains magiciennes ! Il ne fallait pas partir. Il ne fallait pas "nous" quitter si tôt. Gentil coquelicot Madame..."il y a un trou à la place du coeur", et des pétales de sang en cicatrice. Il y a partout des pétales froissés de fleurs mortes, au milieu des copeaux. Je croyais aller là-bas. Je suis restée ici. Comme un voyage qui n'aurait pas eu lieu. Et les continents que je croyais fixes, ils dérivent, ils dérivent. Ces grands "radeaux de pierre" n'en finissent pas de s'écarter et d'ouvrir des abimes...et des abysses où je me fonds. Il n'y a plus de repères. Les grands voiliers blancs ensevelis continuent de cingler , mais les vents sont contraires au-dessous de la mer, et j'ai manqué tous les départs. "Hier, tu n'avais qu'à étendre un doigt. Pour nous deux, pour tous deux, tu n'avais qu'à étendre un doigt". Des guillemets -Guillaume Guillemette Guillemots (n'est-ce pas Elena)- pour Henri Michaux, et son Plume lointain et intérieur pour l' image du" Bonheur dans le pré" de Paul Fort qui saute par-dessus la haie pour la beauté "convulsive" de Nadja chez Breton pour le "Paris à nous deux" de Rastignac merci Balzac pour Borges et ses "ruines circulaires", pour la pauvre "Alouette Alouette" qui se laisse plumer pour la "Tête Raphaëlesque éclatée" de Dali, que j'ai vue un jour en vrai et qui m'a sidérée http://www.nationalgalleries.org/collection/artists-a-z/D/3035/artist_name/Salvador Dalí/record_id/240 pour le coeur rouge du "Dormeur du Val" de Rimbaud pour des "Feuilles Mortes" de Prévert pour l' image inspirante du "Radeau de pierre" de Saramago et pour les grands voiliers blancs......tout simplement; qui croisent en silence, au large de la Côte Bleue aussi pour la musique si triste et si belle de Schubert http://youtu.be/Bm_AKMV0ME0

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    Sourires printaniers, Se parant de ses habits d’adolescente, De touches de rose, de verte naissante De quelques pointillés tout en blanc De jaune les frondaisons illuminant, La nature s’épanche au doux firmament. Les bocages épousent de légères ceintures, De jeunes insectes à loisir s’y aventurent, De timides agneaux, au pré, batifolent Tout en appréciant les saveurs de l’herbe folle, Et, d’élans fugaces, leurs mères, abandonnent. Les ruisseaux dans ces bois touffus sans êtres, Laissent des reflets étincelants transparaître, Que l’astre dispense aux cimes à peine feuillues De ces chênes centenaires, témoins des poilus, Dont l’écorce porte encore leurs traces évanouies. Dans la nonchalance du jour apaisant Des trilles, des ki, des tsip tsip, des oueit stridents Enlacent les derniers bruissements tout en cadence Des joncs et des ramures, berçant sans véhémence Un temps aux épanchements d’ivresse légère… Abbaye_De_Vauclair_2014_05_13 Le temps de l’infini nous subjugue, il nous envahit de ses délices et nous emplit de ses maladresses, parfois si infimes, qu’à peine avouables, nous n’osons en percevoir ni les timides caresses, encore moins les douces réminiscences d’un passé, d’un lieu ou d’un regard dont l’aura nous courtisera encore bien davantage que les simagrées ou autres verbiages, qui eux ne sont l’éphémère juxtaposition de syllabes indigestes qui s’épuisent dans le cours des choses… Saint Augustin en parlant du temps disait « Si personne ne me le demande, je le sais, mais si on me le demande, et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus ». Alors oui, le temps de l’infini porte en lui cet éveil de l’homme, et nous ouvre ainsi les portes de son énigme… le temps nous procure cette paix de l’âme, une sorte de béatitude….sait –on seulement le deviner et l’apprécier…

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    L’origine du fantasme de l’infirmière chez l’homme est compréhensible. A première vue elle incarne tout ce dont il peut rêver. D’une part elle soigne, elle apaise, d’autre part elle impose les médicaments, les piqures. Figure de douceur et d’autorité c’est la figure maternelle par excellence. Et comme elle est entièrement nue sous sa blouse, elle pourrait nous donner facilement le sein. Mais en réfléchissant un neurone plus loin, la compréhension balbutie : le contact avec l’infirmière suppose au préalable qu’on ne soit pas dans un état terrible-terrible, provisoirement ou définitivement. S’imaginer tripoter l’infirmière c’est le propre du type en bonne santé qui rêve d’être malade parce qu’être malade c’est pas grave quand on est en bonne santé. C'est une pensée qui se mord la queue. Et que le type qui se mord ainsi la queue prenne garde à ne pas finir à l’hôpital pour des problèmes de dos. Il verrait que son inconséquence lui a joué un tour (de rein) plutôt que lui offrir d’en donner des coups (de reins) pour lutiner l’infirmière. Car les films que j’ai vus sur l’infirmière pour me documenter - surjoués comme tous les films muets - (Sévices de nuit à la clinique, Ovaire-dose au dispensaire, Coloscopie transcendantale) infirmeraient sa supposition : le cinéma c’est du cinéma, du grand n’importe quoi. Ça ne se passe jamais comme ça dans la vraie vie. Non, vraiment je dois dire qu’il n’y a que la scène finale de « Quand l’ambulancière fait le plein… » où le docteur palpe avec son thermomètre les plantureuses prothèses pip de Clara, la naïve garde-malade, qui m’ait parue assez convaincante. Mais là on assiste pas au fantasme de l’homme pour l’infirmière, mais celui de l’infirmière pour le docteur, ce qui est tout autre chose. Lors de mes séjours à l’hôpital, les visites des infirmières ne m’ont jamais suscité le moindre ébranlement viril. Au contraire : hontes, suées abondantes, resserrement des sphincters, trouillomètre à zéro : elles vous mettent le suppo, vous emmènent au bloc-opératoire, découvrent que vous vous êtes pissé dessus durant la nuit. Quand vous êtes réduit en poudre, les os broyés par un camion, ou à l’état de loque suite à une dysentrie, voire d’une fibromyalgie (évocation succincte, c’en est aussi la douloureuse journée), vous n’êtes pas dans les meilleures dispositions pour expérimenter la brouette de zanzibar. Ainsi donc, après ce long préambule, j’en viens en trois temps à l’exposé de ma thèse démontrant la mascarade qui consiste à promouvoir une journée en faveur de l’infirmière : 1) On aura compris que, pour le commun des mortels (quand c’est moins grave, pour le commun des malades) le fantasme sur l’infirmière c’est un fantasme appliqué à une figure d’autorité. 2) On aura vu qu’à ce titre, comme toute figure d’autorité, elle suscite un désir de renversement. En l’occurrence la culbute. 3) On conclura avec moi que la journée mondiale de l’infirmière n’est rien d’autre qu’un complot des puissants afin de dévier sur ces pauvres innocentes nos fantasmes de renversement dominant-dominé, une journée instituée par ceux qui craignent la vindicte du peuple, une journée où on lui livre en pâture une figure autoritaire de substitution pour satisfaire son excitation. CQFD Pauvre infirmière, jouet des dictateurs et de notre ignorance…Tu es aussi utile que le pain pour calmer les révolutions ! « Du pain, du vin et des bourses pour les infirmières » (un certain fromage persillé - dictature industrielle) « Il n’y a plus de pain ? Qu’on leur donne des infirmières ! » (Marie-Antoinette - dictature politique) « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton infirmière (Moïse – dictature religieuse) Mais un jour ! MAIS UN JOUR !! Tyrans de tous poils.. Craignez que la piétaille lassée de vos subterfuges ne vous embroche par tous les trous, que vous ne finissiez agonisants sous les doigts courroucés d’une infirmière du peuple sans-culotte.

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    Réalisé en 98 par Gus Van Sant et se présentant comme le remake du chef-d'oeuvre d'Hitchcock dont il se permet de reprendre le film plan par plan, "Psycho" avait certainement pour but de sensibiliser un jeune public, allergique pour la plupart au format "noir et blanc". Une intention louable, certes, mais souvenons-nous bien que l'enfer est pavé de bonnes intentions... Vince Vaughn reprend ici le rôle d'Anthony Perkins, il n'en a ni la stature, ni la carrure, ni le talent... Nous trouvons également Anne Heche, dans le rôle de la femme qui se fera plus tard poignarder en prenant sa douche... Le film a par ailleurs obtenu des nominations aux Razzie Awards (l'équivalent des Oscars pour les films les plus mauvais), ce qui est en soi une indication... "Psycho" ne se situe pas à la cheville de son prédécesseur... pire, le manque d'innovation et d'originalité du film en fait clairement un plagiat, une copie fade et sans saveur, qui n'en fait nullement une oeuvre à part entière... s'il existait un autodafé de films, mon choix se porterait sur "Psycho", un choix artistique totalement inutile qui n'apporte certainement rien au 7ème art, à part la sensation d'une imposture à grande échelle...

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    Elle tombe un 11 mai cette année. Hier en faisant mes courses, beaucoup attendaient à la caisse, certains, sages portant leur pot de fleurs comme un cierge, certaines plus discrètes, posant un bouquet enveloppé dans leur panier, d'autres débordés avec leur môme dans les jambes, sur les bras ou très souvent occupés à vider patiemment des petites mains pleines de doigts s'étant appropriés des friandises comestibles ou non.... Petites fleurs blanches enrobées d'un voile de verdure, palmier imposant laissant briller à travers son feuillage des lunettes de soleil posées sur des yeux invisibles, roses arc-en-ciel, serrées comme des sardines, paquerettes et fleurs de pissenlit emprisonnées dans des menottes potelées d'un bambin rêveur, cactus changeant de main comme un furet au sein d'un groupe d'adolescents bruyants et boutonnants eux aussi.... Ici sur ma planète, c'est la fête des mères aujoud'hui, mais je reviendrai le 25 , et comme chaque année je suis heureuse d'envoyer à la mienne, deux fois de suite, des bisous mélés de voeux de santé et de bonne humeur! http://www.youtube.com/watch?v=COMDaYKJCWs

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  • 05/09/14--18:32: Esquisse par Fragonarde
  • Frôlements d'elle îl refuge, îl caresse baisers câlins baisers salins enamourés embrasés corps cambrés peaux abrasées allegro endiablé tarab enlevé incandescence réminiscence fusion d'âmes nour jouissances mêlées fragment de désir fragment de vie Parfois l'obligation de mettre au moins 200 caractères est pesante, car je voulais une esquisse, juste quelques mots, une épure

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  • 05/04/14--12:13: "Non merci" par Peponide
  • "- Il m'a dit : "Tu veux voir le cockpit mon grand ? Je te fais visiter !" ... - J’ai dit non maman !!! Pourquoi j’ai dit non ??? Comment c’est possible ça ?!? (Il voulait dire oui, tout lui le voulait et il a dit non... Un non poli, un "non merci...") - Ah oui... Oh... Ça... Ça vient de l’intérieur on ne sait trop d’où mais c’est là où ça tiraille, juste là, puis ça prend la première à droite en cédant la priorité aux affaires obligatoires et ça se faufile jusqu’au fond de la grande salle qui mène vers la sortie, ça empreinte le long couloir coudé... Il y fait de moins en moins sombre et ça prend tournure implacablement car ça parvient à l’embouchure et le vertige aidant, ça se prend les pieds dans le tapis, ça tombe à la renverse et ça claque à hue et à dia un «non merci» funeste. - Ah d’accord ! ça t’est déjà arrivé à toi ? - Oh oui plein de fois... - Et comment ça s’appelle ? - C'est un accès de timidité, fils. - Ah c'est donc ça !"

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    La fille et moi étions au bord de la rupture. Notez: je dis "la fille", pour créer une distance, une distinction dans mes priorités du moment, non que je lui manqua de respect, car "la fille" méritait mon respect, et surement un peu plus encore, tout comme elle méritait celui des autres en général, car c'était une bonne personne avec un bon fond, et puis les habits qui allaient avec pour se faire aimer. Et puis elle cuisinait le riz pilaf et le créole, en faisant le curry elle-même, et s'habillait en la circonstance de somptueux oripeaux brodés de faux argent et de rivière d'or, échancré à la naissance de deux seins qui pointaient comme des museaux. A table elle ne parlait pas, sauf pour demander: "Pourquoi les gens qui s'aiment sont-ils toujours un peu les mêmes?". C'était un jeu entre nous. Un échange d'amabilité. Je répondais invariablement: "Les gens qui s'aiment m'ennuient". Puis nous buvions du vin, portant notre verre à la bouche d'un geste ample et théâtral.

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    Voilà, le vrai gâchis, digne ce nom, il s'impose à moi lorsque j'écoute, comme en ce moment, « There she goes » de The La's, extrait de leur unique album éponyme de 1990. Vous imaginez un peu : ce groupe anglais au talent insolent a commis cet imparable single à la beauté immédiate, patente, mais leur leader, Lee Mavers, ce génie torturé, n'a jamais pu se satisfaire de la production du disque, qui leur fut imposée par une major et qu'il jugeait (abusivement ?) inadéquate. « N'achetez surtout pas cette pourriture technologique ! », déclarait-il au public déconcerté en guise de promo de son album mal-aimé. Il a logiquement fini par découragé ses acolytes, partis former d'autres groupes moins compliqués, moins empêchés chacun de leur côté. Et cela fait maintenant 25 ans qu'il tente de ré-enregistrer, selon sa vision maniaque et vétilleuse, cette collection de chansons – pourtant impeccables - qu'il peaufine pathologiquement dans le sous-sol de ses parents, qu'il n'a jamais quitté. Storytelling, quand tu nous tiens... Cela doit être l'essence d'un certain romantisme, chez moi, cette fascination morbide pour les destins brisés : les musiciens dépressifs et suicidaires Elliott Smith, Nick Drake et Donny Hathaway ; les leaders profondément névrosé des La's, donc, mais aussi du Pink Floyd première époque (Syd Barrett) ; le sinistrement fameux "Club des 27" (Kurt Cobain, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Amy Winhouse...), j'en passe et des meilleurs.

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  • 05/11/14--03:02: SOLITUDE par Minos36
  • Je pus ainsi, du plus profond de mon obscurité pousser mes fantasmes vers l’absolu, vers la clarté. Je me donnai l’illusion de briser ainsi, étrange manière, la réalité de tous les dangers. Jour après jour je bâtissais mon œuvre. Quelles forces brûlais-je dans cette construction ? Quel gaspillage d’énergie ? Cette dépense négative de moi, devenait une sorte de luxe, un raffinement aristocratique, une solitude précieuse, flamboyante. Me voilà nouveau dandy égaré dans une caserne universelle. Mon refus du monde me tenait lieu de révolte. Je croyais m’approcher du cœur de la fission, connaître l’explosion extrême, atteindre la lumière. Un lieu où tout homme pouvait se désintégrer. Je mis en place un catalogue de commandements. Je rédigeai une mini-constitution pour ma république solitaire. « Je m’enfermerai sous un épais silence. De sa lourde couverture je ferai une tombe qui me défendra contre les bruits du monde. Je fuirai tous les lieux où règnent les femmes. Je fuirai boutiques, cafés, restaurants, salles de spectacles et lieux de vacance. Je boucherai mon nez pour ne pas sentir l’odeur animale des femelles qui cherchent l’homme. S’il m’arrive de prendre la parole en public je ferai état de la plus grande prudence. J’éviterai les conflits qui trouvent leur source dans le Verbe. J’appliquerai, partout, la politique de l’escargot : sortir les petites cornes pour m’assurer qu’il n’y a pas d’obstacle, pas de dangers. J’avancerai dans la vie doucement, lentement. Je biaiserai. J’effectuerai des demi-tours si nécessaire, mais toujours lentement. Une certaine dose de surdité me siéra pour ne pas entendre les mots des hypocrites. J’irai lentement vers la cécité pour ne pas voir, sous les habits étincelants, la vulgarité, l’ignominie, la lâcheté, l’amour sali, la vénalité. Je ne lirai plus dans les cœurs humains. Il n’y a plus d’humanité, ni d’hommes. Ils ont été remplacés par des individualités animales. Je dirai mes sentiments profonds au lézard qui se chauffe au soleil du printemps. Je confierai mes secrets à l’hirondelle qui s’envole vers l’Afrique en automne. Je la prierai de les lâcher avec ses fientes dans les forêts équatoriales. » Certains animaux se défendent en attaquant, en montrant griffes et dents, d’autres s’adaptent au milieu par leur mimétisme. Je ne souhaitais ni férocité, ni mimétismes. S’il fallait être un animal, il valait mieux être une marmotte. Dormir, hiberner, tant que sur la terre existeraient les effets de la Peste Rouge et de la COM. Pas de relation. Pas de combat. Pas de conflits. Mettre en veilleuse ma subjectivité. Désamorcer ma charge vitale. Éteindre ma libido. Enfermer Eros dans un coffre-fort. Me replier sur moi-même. En autonomie. En autarcie. Les vagues des marées océaniques s’apprêtaient à mettre bas le monstre suprême. Je ne voulais plus un horizon si proche et si funeste. Comme l’araignée qui tisse sa toile, j’avais fini par construire ma forteresse. Je croyais que c’en était une. C’était un léger cocon, faible, provisoire, où venaient se prendre mouches, moucherons, et autres minuscules insectes, ainsi que les plus venimeux déchets de la nature. Contre ce misérable cocon, contre ce minable château de sable, tous les déchets de la société venaient toujours s’abattre en faisant trembler le fragile édifice. Je croyais m’isoler, mais Thanatos cognait. Les souvenirs, comme une nuée de sauterelles, s’abattaient contre le bâtisseur qui se donnait tant de peine à s’isoler. Ayant à peine mis hors de nuire l’ennemi extérieur, du moins je le croyais, voilà que je me faisais attaquer par l’ennemi intérieur !

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    Un jour, passant devant une librairie du dix-huitième arrondissement, je fus attiré par un livre exposé dans la vitrine : « La politique du rebelle ». Y avait-il encore des rebelles ? Avaient – ils une politique ? Depuis que j’avais entamé mon isolement et mon refus du monde, je n’avais plus aucun intérêt pour la vie politique du pays. Les bonimenteurs politiciens de tout poil, se branlant l’esprit, avec l’aide de journalistes condescendants, sur la couleur de la cravate présidentielle me laissaient de marbre. Les marécages puants, où nageaient des crocodiles affamés comme mon frère Emmanuel, ne me disaient rien qui vaille. Et pourtant, devant ce livre dans la vitrine, comme par enchantement, l’ancienne passion se ralluma. La politique du rebelle, mon dieu que ce mot m’était doux ! J’achetai le livre. Je le feuilletai à Barbès. J’entamai la lecture au Père Lachaise. A Nation j’en goûtai tout le miel. A République je décidai que je lirais tous les autres livres de l’auteur. Ainsi je dévorai « La sculpture de soi ». Je plongeai dans « L’art de jouir ». Je me délectai avec « Cynisme ». Je ressentis une forte émotion et compassion avec « Le désir d’être un Volcan ». Je brûlai toute mes mauvaise humeurs, je purifiai mon sang avec « Les vertus de la foudre » Etrange, je commençai à me sentir sur la voie de la guérison. J’entrai en convalescence. Après la désillusion et l’amertume que mon frère m’avait procurées, voici le baume apaisant ! La vie m’avait filé le cancer de l’âme, les livres que je venais de dévorer stoppaient la métastase ! Un livre peut nous guérir ! J’étais impuissant, malheureux, sacrifié, utilisé, soumis, nombre et objet dans la marche folle du monde. J’étais matériel et matière première comme tous mes semblables. On m’avait obligé au silence, dépouillé des sanglots de ma jeunesse, plié sous la violence des temps. J’étais noyé dans le mépris du monde, déchiré jusqu’à la dernière fibre de mon âme. Miracle de cette lecture : me voilà, à nouveau, avec l’envie d’être un rebelle. Un brin de printemps inattendu. Il me tombe sur la tête sans crier gare. D’abord il m’assomme, et me plonge dans le brouillard. Au réveil je savoure l’état de la convalescence ave la certitude de la guérison ! Quoi de mieux qu’une convalescence pour lire ? Et je cherche Chamfort, Sade, Fournier, Holbach, Helvétius, dans mes rayons depuis longtemps abandonnés. J’enlève la fine poussière déposée par le temps sur les couvertures. Je relis ! J’ai envie de goûter à nouveau aux cadeaux de la vie ! Cette vie mutilée par les autres et par moi-même. Plus de mutilations, au contraire, je veux qu’elle soit simplement solaire. Je commence à guérir ! Sois maître et sculpteur de toi-même…change constamment en lumière et en flammes ce que tu es, ainsi m’invite à être la lecture de Nietzsche ! Je sens un feu étrange brûler en moi ! Je me dégage de ma grisaille, de la fumée purulente infiltrée dans ma forteresse. Encore un effort, Marc ! Romps tes propres chaînes ! Sois dans le jubilatoire ! Vas-y, élance-toi dans les rues ! Les corps des femmes recommencent à me parler. Des ondes naissent de ces corps désirables et viennent me frapper au plexus. Et je bande à nouveau en regardant une femme assise croisant les jambes à une terrasse de café. Me voilà suivant une de ces belles plantes qui arpentent les rues de la capitale en tailleurs sexy et bas affriolants. Je respire son parfum, je m’enivre de ces odeurs de femelle qui donnent goût à la vie. Des forces étranges remuent dans mon esprit. La terre, à l'approche du printemps, doit ressentir la même chose lorsque perce-neige et coucous tracent un chemin vers la lumière. Légers tressaillements, douces secousses qui n'ont rien de tellurique. Me voilà en état de recevoir quelques agréables sensations que le monde extérieur avait cessé, depuis longtemps, de me donner. Presque guéri, je suis à nouveau disponible pour m'ouvrir au monde !

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