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    1985 entre Milé et Dikhil. Nous avons quitté Addis au petit matin et il est vingt heures quand je quitte la piste et m’engage dans la brousse pour m’éloigner de la piste et avoir la paix. Cinq minutes entre buissons et arbustes et je coupe le moteur. Pendant que je transfère 60 litres d’essences dans le réservoir de la Land Rover, Yared, lui, fait le lit : deux bâches étalées par terre. Deux boites de sardines, quelques galettes d’injéra et une bouteille de Goudar plus loin nous dormons tout les deux. Demain soir si les fourmis rouges et les hyènes nous laissent dormir et surtout si les Afars nous emmerdent pas nous serons à Dikhil ! Il fait encore nuit, l’odeur du Nescafé me tire de mon lit improvisé, six heure du matin. L’horizon rosit, le moment le plus frais de la journée. Il fait trente degré. Un instant plus tard moteur et nous retrouvons la piste, ce soir peut être nous dormirons dans un lit. C’est Yared qui conduit et je me laisse secouer par les chaos sans moufter. Par ci par là nous croisons quelques troupeaux de chèvres et de moutons avec presque toujours une chamelle, les pasteurs Afars souvent très beaux, longilignes, vêtus d’un pagne de coton écru bordé de fines lignes bleu, tous avec leur long bâton de berger croisé au dessus des épaules et la Kalachnikov en bandoulière, ils portent accroché à la ceinture la petite cruche qui leur permettra de tirer le lait des femelles allaitantes, ils quittent le campement comme ça pour plusieurs mois : une cruche, un bâton, une AK 47 et quelques chargeurs. Enfin Dubti …….. Un vrai café, une galette et du miel, essence, une cartouche de Nyala et on repart. Bientôt 11 heure du mat, il fait 40 °, de temps en temps un village ou un campement nomade. Et puis un vrai village, et une multitude de dromadaire à perte de vue. Yared me dit : - C’est le grand marché, les plus belles chamelles du pays Afars…….. » - On s’arrête ! On trouve un gamin pour garder la Land et j’ouvre les yeux tout grands. Des milliers de bêtes toutes plus belles les une que les autres, des pasteurs, des commerçants, des vendeurs de toutes sortes, un peu à l’écart de l’agitation centrale un vaste terrain où se regroupent les caravanes qui arrivent, à une petite vendeuse ambulante on achète deux verres de thé, on se pose le cul par terre à l’ombre d’un acacia et ça devient magique : elle a peut être 25 ans, une liane du désert Danakil, pieds nus, vêtue d’une très courte jupe en cuir tout fripé et luisant, son torse est nu et son bâton de berger en travers des épaules. Derrière elles, suivent majestueuses une quarantaine de chamelles. La môme est à même pas dix mètres de nous, elle fait claquer sa langue pour donner ses ordres. Les une après les autres les chamelles se forment en cercle autour de leur maîtresse. Un claquement de langue et toutes baraquent de concert. Une bête retardataire arrive et se fait gronder en langue afars « Si tu continue à traîner en route tu te feras dévorer par les hyènes » me traduit Yared. La chamelle baisse ses paupières d’un air contrit et baraque au ralenti. Des hommes et des femmes s’approchent, des négociations se nouent, la jeune bergère vante la force et la santé de ses bêtes, d’autres jeunes femmes tout aussi légèrement vêtues retrouvent leur amie, frottement d’épaules et rires cristallins. Des poignées de Birrs changent de mains, des bêtes se lèvent et suivent leurs nouveaux propriétaires. J’apprécie plus que tout la façon dont hommes et femmes s’adressent à elle, je ressens très fort le respect et la déférence dont elle fait l’objet. Je me dis que cette fille est l’incarnation même de la liberté, une cruche pour son alimentation quotidienne, une courte jupe de cuir, un long bâton de berger et son troupeau. Yared me dit qu’elle est très belle et me fait remarquer qu’aucun homme n’ose la regarder dans les yeux. Le thé est terminé depuis longtemps quand nous nous levons, je remarque qu’il y a bien une vingtaine de filles seules venues elles aussi vendre leurs bêtes, quelques hommes avec de fin bracelets de cuir taillés dans le pénis de l’ennemi………. Il fait 45 ° et nous ne dormirons pas à Assab ce soir.

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    C’était la dernière journée avant la dernière année. C’était il y a très longtemps, je me souviens bien. Le soleil brillait, il faisait beau, l’été avait commencé avec sa cohorte de chaleur. C’était un jeudi vingt-neuf juin. Tout était fini. Le soulagement prenait la place du stress ordinaire d’une fin d’année ordinaire. Pas de surprise. Pas d’imprévu. Le temps suivait naturellement son cours. Nous nous sommes retrouvés pour une dernière soirée. Dernière soirée avant l’éclatement estival, avant l’éparpillement des vacances. Avant le dispersement des corps et des âmes. Cela a commencé au sous-sol d’un des bâtiments qui nous étaient si familiers. Déjà quatre ans que nous y rodions, que nous y errions. Que nous y hantions, que nous y trônions. Nous étions venus nombreux. Je savais que c’était un peu spécial. Je savais que certains, je ne les reverrais plus. Peut-être plus jamais, mais à cet âge-là, peut-on dire sérieusement des définitivetés ? Pas d’émotion visible à cet âge-là. Pas de sentiment. J’avais apporté mon bel appareil photo. Un beau reflex. Avec un bel objectif, je pouvais atteindre trois cents de focal sur mon zoom, c’était impeccable pour prendre des visages de loin, de manière naturelle. Mais je n’avais pas osé, finalement, dans la danse de la camaraderie, dans le flot des vannes et des petites fiertés, je n’avais pas osé immortaliser quelques gestes spontanés de cette soirée, ni quelques visages, des portraits gravés cependant dans une mémoire qui ne s’effilochera jamais. L’appareil photo était resté sagement dans le sac, le sac gardait scrupuleusement l’entrée, dans un ordonnancement très masculin du rangement temporaire. Nous étions les rois des lieux. Des lieux qui voulaient nous soumettre à une sorte d’autorité suprême que nous reconnaissions paradoxalement, que nous recherchions même. Certains étaient déjà particulièrement "arrosés". Nous divaguions parfois jusque dans les couloirs. Des portes coulissantes le long des murs, faisaient recracher quelques vieux cartons. Ma curiosité alla jusqu’à regarder ce qu’il y avait dans certains cartons. Des copies vieilles de quatre ans. Nos copies. Jamais rendues ? Je choisis d’en garder une, celle d’un absent. Non temporaire. Je n’étais pas arrosé et j’avais ma clef de contact. Cela m’octroyait des avantages supplémentaires. Avec ce qu’il restait de troupes valides, c’est-à-dire, capables de se bouger un peu pour aller jusque dans l’habitacle, nous sommes descendus en ville. Le ciel était noir et dégagé, l’atmosphère chaude, l’esprit à la fête. Je me suis garé, comme les autres, pas très loin de la grande place. La place principale. Celle qui fait toute la beauté des guides touristiques, celle qui garde toujours sous la main, même sous la pluie, un ou deux photographes japonais, peut-être que maintenant, ils sont devenus chinois. Nous sommes allés aux Caves du Roi. Je n’y étais jamais allé. Je n’y serais plus jamais retourné. Ambiance classique, fumeuse, bruyeuse, enivreuse. La salle était en sous-sol. En sortant, vers les trois ou quatre heures du matin, tu avais tenu à uriner sur les pieds de l’hôtel de ville. Je t’avais imité. On révolutionne comme on peut. Je t’ai ramené, comme d’autres. Tu avais un train très tôt. Sept heures ou huit heures du matin. Tu n’allais pas dormir alors que moi, j’avais prévu de dormir la matinée pour me reposer de tous ces mois épuisants. Tu allais retrouver ton petit monde, là-bas, au loin. Tu m’en avais parlé parfois. La campagne. La vie simple. Les petites montagnes. Je les connaîtrais mais pour l’instant, elles étaient dans mon imaginaire. Quand je t’ai lâché, le sourire malicieux, tu m’as dit adieu. Je savais que nous ne nous reverrions peut-être plus. Mais je t’ai répondu en rectifiant : non, au revoir. Tu avais raison. Et jamais je n’aurais cru que j’irais chez toi si rapidement après. Que je connaîtrais ta famille si vite, les tiens, si sympathiques. Ni que je discuterais avec ta charmante cousine si hâtivement…

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    Ma petite maman adorée Ce soir je suis seul. J’ai besoin d’être seul avec toi. La solitude de ces moments est un oasis de verdure dans le désert du brouhaha de la vie. Quand je t’ai aidé à te mettre au lit dans une position confortable, les pieds sur la bouillotte, tu m’as pris dans tes bras. Comme toujours un tel effort a emballé ta respiration mais tu n’as pu t’empêcher de me questionner quand je t’ai fait un gros bisous de la part d’une amie ; une amie t’ai-je dit. Une amie qui, comme toi, est mère ; une amie qui comme toute mère a donné et donne de l’amour à ses enfants …..et plus encore. Une amie ! C’est drôle maman a chaque fois tu me poses les mêmes questions ! Assis à la table de la cuisine la pendule marque le temps comme ta respiration de plus en plus haletante que j’entends jusqu’ici. Je sais qu’encore cette nuit tu vas faire chambard ; qu’importe ! J’ai adoré quand, la nuit dernière, tu es allé t’assoir sur le lit de ma Princesse pour lui tenir discussion après qu’elle se soit réveillée en sursautant, elle pour laquelle tu n’as pourtant pas souvent eu un regard bienveillant. Hier elle m’a téléphoné en arrivant à la maison exténuée de ces nuits vivantes. Demain c’est moi qui partirai. Pas sûr que je dorme autant qu’il le faudrait même si tu restes tranquille. Cela tu ne le sais pas maman ; bien sûr que je dors comme un loir chez toi. Il n’y a pas de bruit dans l’immeuble ; c’est ce que tu me dis…… c'est vrai sauf quand tu regardes la télé avec le son à fond. Jamais quelqu’un ne m’a fait une remarque désobligeante, d’ailleurs la télé tu l’éteins de plus en plus tôt, avant de faire ta bouillotte, fragile et épuisée comme un oiseau malade sur la branche. Le vent ne souffle plus ; la branche ne bouge pas pour l’instant. Moment de trêve ; le calme est revenu encore une fois …. Alors je vais pouvoir repartir ; je sais que du monde veille sur toi….sauf la nuit, ces nuits où je t’entends parfois même quand je suis à la maison, ces nuits ou je devine ta solitude qui me tracasse, dont heureusement tu n’as pas conscience. Maman nous respecterons ta volonté ……autant que faire se pourra de te laisser en paix chez toi. Oui maman demain je passerai un coup de fil en arrivant ; tu me demanderas encore si j’ai fait bonne route. Nous suivons tous la même maman. Tu me demanderas quand est ce que je remonte, Je te répondrai « bientôt, dés que possible » pour apaiser tes souhaits. Pas sûr que tu me comprennes tellement cette putain de maladie nous éloigne plus encore. Le temps ne compte plus pour toi maman : pas grave si tu oublies tout ; le temps on s’en fiche. J’aimerai simplement que tu me donnes le temps de revenir. Tu comprends maman ? Je t’ai bien laissé le temps de me mettre au monde alors, comme papa l’a fait, ……attends-moi …encore une fois……s’il te plait. Hep maman ! N’oublie pas que ta petite fille se marie début août ! Tu m’as dit avant-hier, en levant le pouce, que c’était « comme ça ! » le mariage de celui qui nous a tous réunis, celui qui a pris la place de petit fils bien trop tôt dans la famille pour ne pas avoir eu cette chance que nous avons …..de pouvoir encore te câliner. Cypou le 30/06/2014

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    Il est pour nous qui sommes en silence assis en bord de Seine, tout un peu de voyage et tout un reste de chagrin. Nous marchons seuls, et livrés à ça qui compose une vie . Des mouettes sont là, qui écoutent avec nous . Les péniches passent en la mémoire de la rivière: ici, tout a disparu, qui toujours aura lieu . Dans le midi de notre vie, nous envisageons le jour comme une naissance ancienne, mais seulement, elle persiste ! Je t'ai vu, esprit, alors que tu traversais le pont Marie vers ta demeure . L'autre jour, et sur un autre pont, ton allure de vieux maître penché sur son labo éternisait le temps vers le chätelet, mais les sphinges, je le vois, s'en foutent tout autant . Enfant, tu grandis en enfer, un bateau de bois bleu-blanc à la main . La dame blonde aux yeux café est avec toi, tu as quatre ans, et tu pleures, car ton bateau n'est pas lesté de la bonne manière, il coule dedans la vasque . Luxembourg . Des petits bateaux ... En toi, ce deuil de toi-même, toujours seul mais peuplé . En elle, aussi, et en lui, et en certains peu nombreux . Qu'importe ? Nous sommes ici , et le monde avec .

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  • 07/03/14--01:03: les oiseaux par Passereau
  • L'oiseau Au début c'est un frémissement, un murmure, comme celui d'un ruisseau qui brise ses eaux. Et puis le bruit d'une armée lointaine qui se profile à l'horizon. Mille petits couteaux tiennent un long conciliabule, et puis cela progresse et jaillit comme un concerto. Des bataillons d'insectes avancent lourdement, envahissant ses veines, ses artères. Une cohorte quitte le port et charrie le sang au poumon. Une autre de rouge vêtue lui emboîte le pas et des légions fuient sous le roulement des tambours. Là où le cœur tapi bat dans l'obscurité, il y a comme un petit tas de terre qui s'éboule, des petites boules de terre meuble qui bruissent en tombant.. Alors une main broie ce cœur et en malaxe la sourde douleur. Ses tempes bourdonnent et l'essaim tumultueux et désordonné grossit comme un orage. Une première vague vient mourir sur la grève en un hideux clapotement. Et ce sont des cadavres par milliers, les corps noirs des coléoptères endeuillés qui épaississent l'eau qui roule et déferle. Ainsi sont-ils traînés aux confins de son corps, loin, très loin de la pompe majestueuse qui sans cesse évacue vers d'autres frontières les rangs toujours renouvelés d'insectes aux mandibules broyeuses, crissant et hurlant sous de longues houles. Enfin la mer se retire, laissant les terres marquées de stries profondes, comme un désert de dunes, et un lourd silence s'établit sur la côte. C'est un paysage sans fin où pas un souffle ne vient troubler l'onde sablonneuse. Alors l'oiseau prend son vol et propage son ombre sur la plaine éclairée. Il s'élève et plane sans bruit sur cette surface oblongue au rythme tranquille d'un cœur apaisé.

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    -Oh jolie photo suis-je toujours le plus beau ? -Vous êtes actuellement en 314ème position. -Comment ? -Et ceci malgré vos récits, vos avis, vos amis. -Pourquoi ? -Je ne suis pas habilité à vous répondre mais le dicton dit " sois belle et tais-toi ". Masculin idem. -C'est vraiment dégueulasse ! -??? Message d'erreur... Veuillez reformuler votre opinion. -Tête de con ! Tête de pioche ! Tête à nœuds ! -Vous êtes hors-concours monsieur. -Tu l'as dit bouffi. 314ème , y'a pas de justice ici non plus. -Repassez par la case départ. -Késaco ? -Faites vous beau. -Et sinon ? -Bonne chance !!! ... Merde... On ne va pas se laisser démonter pour une photo à la con, alors voyons la suite : -sensible, drôle parfois, de la malice plein les yeux, à l'écoute, j'aime les prologues, les sens inverses, les éclairs au café, la soupe, les vallées, les rivières, les arbres sous la pluie, les choses rudes, le temps qui passe, la richesse de l'esprit, la bonté au fond du caractère, toutes les âmes de poésie, les gens de peu, les travailleurs de la mer, le vert de l'enfance, les visages, le son d'une voix, son grain, la texture des mains, les rêves à rêver même les impossibles, et puis tout doucement s'enfoncer dans la vie, coûte que coûte, lentement, sans beaucoup consommer, rien à vendre surtout, juste être là, présent. Oui, présent. Le reste découle de là- Imagination, pure invention, n'importe quoi ! Et pourquoi pas de l'accordéon, des enfants bleus, la licorne dans le pré et tutti quanti cosi aussi. Bref, pour conclure, c'est pas gagné là. Finalement, la photo, c'était pas si mal. Confusion torpédo. Heureusement, " il y a dans les bois des arbres fous d'oiseaux ".

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    Croquer la pomme Il y a des trains qui écrasent des gens Sans s’arrêter Je vous prie de croire Monsieur l’agent Je ne l’ai pas fait exprès je ne les ai Tués qu’avec regret Il y à des vieillards perroquets Non ce n’est pas vrai ! Non ce n’est pas vrai ! Elle à fauté faut l’arrêter En croquant la pomme j’ai eu mal aux dents Froisser comme un diamant le velours de mon gland L’amour si doux me manque tant.. Dans la prison des femmes on entend Tirer des coups de feu mais des coups brulants, mais Ca n’est qu’un jeu Ca n’est pas vrai Les vieillards perroquets voudraient en faire autant Il y des trains qui écrasent des gens Sans s’arrêter Des usines d’horloges à tuer Tuer les bébés que nous n’aurons jamais Pas de désir ligaturé En trombe pas de formica Je croquerai dans la pomme aussi longtemps Que je voudrai rien ne me retiendra Et le jus sucré jaillissant Viendra m’innocenter du sang des gens A mes passages à niveau tout écrasés Pendant que j’aimerai sans m’arrêter Froisser comme un diamant le velours des ans

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    Je vous ai déjà parlé de David Lodge. Grand humoriste britannique, Professeur de Littérature anglaise à l'université, il a écrit une trilogie [ 1) "changement de décor", 2) "Un tout petit monde", 3) "jeu de société"]. Dans ces romans sur le milieu universitaire, David Lodge se moque de cette "caste" avec une drôlerie irrésistible. Il "épingle" par le rire les travers et les obsessions des universitaires. "Chaque génération", dit-il,"s'instruit pour gagner assez d'argent pour instruire la génération suivante et personne en définitive ne se sert véritablement de son éducation..." David Lodge est un auteur très populaire, et son sens de l'autodérision à propos de ses "collègues" est souvent féroce. Dans "un tout petit monde" un des protagonistes, maître assistant à l'université de Limerick, n'a jamais entendu parler du "structuralisme". Il demande donc à Angelica Pabst (qui prépare un doctorat et connaît parfaitement la question) : "Qu'est-ce que le structuralisme? Est-ce bon ou mauvais?" Ensuite, Morris Zapp, d'obédience post-structuralisme, est critiqué comme auteur "d'élucubrations jargonnantes où les paradoxes à la mode des savants continentaux deviennent, si c'est possible, encore plus prétentieux et stériles". Enfin, summum de la dérision, on apprendra que Rudiard Parkinson tient à préserver les privilèges de son statut : bien que son appartement soit doté de toilettes classiques, il ne veut pas renoncer à son pot de chambre... La guerre des ambitions et la quête de la gloire jouent un rôle féroce dans ce roman hautement comique. La trilogie règle son compte à tous les prétentieux sans cesse ridiculisés, et il ne faut pas oublier que David Lodge était lui-même un universitaire réputé pour son savoir. Peut-être son origine modeste et son milieu "catholique" l'ont-ils aidé à se distancier par rapport à ses collatéraux. J'ai voulu, en écrivant ce petit texte, saluer l’œuvre d'un humoriste qui tourne en ridicule ce défaut odieux et rédhibitoire, la"prétention"... J'espère avoir donné envie, à ceux qui ne le connaissent pas encore, de lire cet auteur remarquable, et je peux leur certifier qu'ils ne s’ennuieront jamais...

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    Ce matin en tournant et retournant autour de Jacques Prévert, dans une de ses armoires poétiques, en ouvrant un tiroir, en a surgi étonnamment un petit lièvre bien ficelé ..et une exhorte : "Ecoutez comme elle craque ce soir l'armoire, la grande armoire à glace". " Alors, j'ai écouté les craquements et au risque humiliant de paraître imbue de "moâ-même", j'ai éprouvé l'impérieuse et ambiteuse "nécessité" de tirer de mes archives compassées et poussiéreuses, ce petit bonhomme anxieux qui a maille à partir avec la vie et s'en prend à son armoire...objet de son ressentiment ou au contraire d'un sentiment quasiment cannibale ? A vous d'en juger. Le texte est long, je sais déjà que d'aucuns ne le liront pas....par paresse et par ennui.. C'est pourtant le thème de ce com, l'Ennui.....qui nous jette dans le vide et l'Absurde. Bien à vous qui resterez et bonne lecture ! (re-lecture pour quelques uns sans doute !) Imaginez cet affamé joué par Mickaël Lonsdale *, c'est une suggestion.......et cela change tout. L' Homme qui aimait son armoire (exhumation de pcc 2010) C’est l’histoire d’un drôle de bonhomme. C’est surtout une drôle d’histoire. La drôle histoire d'un drôle de bonhomme. Il vivait seul dans une chambre meublée. Vous savez, ces chambres de pauvres Chichement garnies d’un mobilier pauvre Avec une pauvre tapisserie grise et une comme odeur de frites dans l'air. Un lit, une table dans un coin, un petit lavabo et un bidet derrière un rideau blanc Un tapis minuscule taché en deux ou trois endroits Une armoire avec une porte qui grince. Surtout la nuit… Justement, la nuit, alors que l'on veut ne pas faire de bruit. Il vivait là, et la petite fenêtre restait fermée A cause de la crémone mal huilée Et du coup on ne pouvait jamais voir la profondeur de la cour en bas Où trônaient des poubelles éventrées. Il n’en existe plus désormais de ces chambres. C’est du passé. C’était du temps de Zola. Il vivait seul dans cette chambre meublée et cela ne lui coûtait pas cher. Chaque premier du mois il payait son loyer rubis sur l’ongle. En profitait pour partager avec la concierge une petite heure de convivialité timide, A siroter du café dans une tasse bleue en faïence posée sur sa soucoupe bleue. Il prenait un seul sucre. Qu’il coinçait sous la langue avant de boire. Cela faisait rire la concierge. En remontant il lisait son courrier. Des factures en général. Qu’il oubliait sur un coin d’étagère. En attendant. Il attendait. Il ignorait ce qu’il attendait. (On se dit aujourd’hui qu’il devait s’ennuyer.) Et à force d’attendre, comme rien ne venait, il commença un jour Par chercher une occupation. Un jour donc, il eut d’abord l’idée d’huiler la crémone de la fenêtre mais l’huisserie ne céda pas quand il força l’ouverture. Et la fenêtre resta close. Une autre fois il eut l’idée de vouloir réparer la porte de l’armoire. Qui grinçait. Surtout la nuit. Il s’amusa à l’ouvrir. Puis à la fermer. Puis de nouveau il l’ouvrit. Puis de nouveau la referma. Elle grinça. Et comme c’était la nuit, elle grinça comme exprès plus fort. Il se demanda pourquoi les portes grinçaient toujours plus fort la nuit que pendant la journée. C’était la même chose pour le bruit des pas sur le parquet, dès qu’il faisait nuit, le moindre pas faisait craquer le plancher de telle façon que notre homme cessait aussitôt d’avancer. Il demeurait alors immobile, le pied levé, tel une grue, un long moment, retenant son souffle, avant de reprendre précautionneusement sa marche syncopée. L’interrupteur en céramique, lui aussi, faisait un drôle de bruit la nuit. Pendant la journée, on ne le remarquait pas. A peine. Dès que la nuit était tombée, un claquement sec résonnait jusque dans les murs de la petite chambre lorsqu’on voulait faire la lumière…ou éteindre. Et cela était terriblement gênant. Souvent il se contentait de rester dans le noir. Pour éviter le claquement dans le mur. Il lui arrivait d’allumer une bougie. Mais le plus souvent il demeurait dans le noir. (‘On se dit aujourd’hui que déjà quelque chose n’allait pas bien.) Cette fois là, quand il décida de réparer la porte de l’armoire qui grinçait, et après l’avoir ouverte et fermée une demi douzaine de fois, il s’avisa d’une petite éraflure sur la façade qu’il n’avait jamais remarquée jusqu’ici. Il gratta un peu avec son ongle, pour voir, et une écharde de bois s’y coinça, qu’il tenta d’ôter avec les dents. Le morceau de bois dans sa bouche était vraiment minuscule. Il ne prit pas la peine de le recracher et le garda sous la langue jusqu’à ce que la salive aidant, le bois ramolli prit la consistance d’une gomme de guimauve qu’il se mit à mâchouiller comme on chique. Il le mâcha longtemps. L’oublia. Et finalement l’avala. Le lendemain, il gratta distraitement le coin de l’armoire et arracha un second morceau du bois. Il était un peu semblable à celui de la veille, mais tout de même un peu plus épais. Machinalement encore il le porta à la bouche. Il le mâcha toute la soirée, avec une certaine désinvolture. Puis sans y prêter attention, il l’avala. Le troisième jour, qui était le premier du mois, il ne s’attarda guère chez la concierge et n’ouvrit même pas son courrier. Il arracha carrément un long ruban de bois à l’armoire, qui se mit à geindre d’une étrange façon, et entreprit de le sucer, avant de le mordiller puis de le déchiqueter avec les dents comme il aurait fait d’une tranche de viande, avant de l’engloutir sans plus de cérémonie……… Désormais, chaque soir, il se jetait sur l’armoire et lui soutirait des lambeaux de bois, sans même s’excuser, sans gêne, sans scrupules. Il mâchait à présent ces fragments avec application, faisait durer le plaisir, trouvait que le bois avait un goût particulier, exotique, de sous-bois, et d’ambre, avec une note précieuse de camphre, qui excitait ses papilles et le comblait d’un plaisir jusqu’ici méconnu. Il découvrait l’extase et la jubilation ! Il n’avait de cesse d’y revenir et d’y puiser une satisfaction qu’il explorait avec délice et volupté. Il lui sembla retrouver des sensations oubliées d’enfance, de goûter à des odeurs de lait et s’enivra de cette tendresse toute maternelle qui le faisait fondre de nostalgie. Il retrouvait ses racines. Il sortait d’une forêt obscure pour une clairière ensoleillée. Il nagea dans le bonheur. Il eut des explosions intenses. Des petites morts délicieuses … Cela prit quelques mois. Et encore une ou deux semaines. (On disait, on SE disait que ça avait été vite tout compte fait !) L’armoire fut engloutie comme un fétu de paille. Il n’en resta rien. Qu’un peu de sciure sur le sol. Et les charnières métalliques qu’on trouva dans un coin. Quand l’ambulance vint le chercher, il se laissa emmener, sans histoire. Sans un mot. Il était droit, dans son costume froissé, le teint un peu jauni, on aurait dit du parchemin. Ses yeux délavés n’exprimaient rien. Il souriait un peu, d’une drôle de manière. Quand il passa devant la loge de la concierge, il souleva courtoisement son chapeau . Comme l’ Artiste salue son public après un tour de prestidigitation ! * Ce texte m'avait été inspirée...par une pièce télévisée vue il y a des siècles, dont j'ai tout oublié...peut-être jouée par Lonsdale lui-même mais j'avoue que je ne sais plus trop...Vous me pardonnerez...

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  • 07/03/14--01:03: les grands par Valaam
  • Je fais traverser les petits enfants il n'est pas parmi nous de petit ni de grand les femmes sont des hommes qui demandent du temps et le temps veut l'amour, et l'amour est très simple une âme vers son âge, un soupir par toi qui sais ce que tu désires au sein de plusieurs nuits un jour pour ralentir le baiser que tu donnes au foyer éternel qui demande ton Nom Tu as fait traverser un tout petit enfant

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  • 07/04/14--03:45: Les oiseaux par Passereau
  • L'oiseau Au début c'est un frémissement, un murmure, comme celui d'un ruisseau qui brise ses eaux. Et puis le bruit d'une armée lointaine, qui se profile à l'horizon. Mille petits couteaux tiennent un long conciliabule, et puis cela progresse et jaillit en un concerto. Des bataillons d'insectes avancent lourdement, envahissant ses veines, ses artères. Une cohorte quitte le port et charrie le sang au poumon. Une autre de rouge vêtue lui emboîte le pas et des légions fuient sous le roulement des tambours. Là où le cœur tapi bat dans l'obscurité, il y a comme un petit tas de terre qui s'éboule, des petites boules de terre meuble qui bruissent en tombant.. Alors une main broie ce cœur et en malaxe la sourde douleur. Ses tempes bourdonnent et l'essaim tumultueux et désordonné grossit comme un orage. Une première vague vient mourir sur la grève en un hideux clapotement. Et ce sont des cadavres par milliers, les corps noirs des coléoptères endeuillés qui épaississent l'eau qui roule et déferle. Ainsi sont-ils traînés aux confins de son corps, loin, très loin de la pompe majestueuse qui sans cesse évacue vers d'autres frontières les rangs toujours renouvelés d'insectes aux mandibules joyeuses, crissant et hurlant sous de longues houles. Enfin la mer se retire, laissant les terres marquées de stries profondes, comme un désert de dunes, et un lourd silence s'établit sur la côte. C'est un paysage sans fin où pas un souffle ne vient troubler l'onde sablonneuse. Alors l'oiseau prend son vol et propage son ombre sur la plaine éclairée. Il s'élève et plane sans bruit sur cette surface oblongue au rythme tranquille d'un cœur apaisé.

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    Chaque jour, renaître à soi-même Une chanson nouvelle aux lèvres Plaine, plénitude Planète, latitude Ventre d'oiseau émotif Laisser la porte du temps ouverte Puis s'évaporer, se fondre dans la nuit Les peuplades du silence Voyagent dans l'air plein S'envoler, lâcher prise Embarquer sans bagage Les mains nues Avides Débarquer dans tes cheveux Chaude et frémissante M'insinuer de ta nuque à tes tempes Embrasser tes paupières Jouer des creux de tes joues M'égarer dans ton cou Me ressaisir à tes épaules Parcourir ta poitrine Alunir sur ton ventre A l'horizontale M'aboucher à ton fleuve Et prendre racine Plaine à plaine Plénitude De planète en satellite Tout en orbite Me visser dans ta salive Palpiter à ton mât Voguer à la houle Chalouper à l'unisson Océan élémentaire Chair en chair Toutes baignées D'âme en âme Chaque jour renaître à soi-même Ton nom à mes lèvres Ma chanson à ton être Plaines, plénitude Planètes, latitude Ventre d'oiseau émotif Laisser la porte du temps ouverte Puis s'évaporer, se fondre dans la nuit S'envoler ensemble Avides et tendre. V.V

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    Dans ma boutique, j’ai vu filer une ombre sur le sol. J’ai cru que c’était un rat. Il y en a tellement dans le quartier depuis qu’ils ont commencé à creuser des tranchées, même la mort-aux-rats ça les fait rigoler, ils en embarquent des paquets entiers dans les canalisations ; les voisins s’engueulent à propos de ça, ils croient qu’il y a des vols. Moi, je laisse dire, qu’ils bâfrent tout ce qu’ils veulent, ça me laisse froid. Quand même, ça m’a embêté, vu que les cartons, les toiles des clients, les vergers, il y en a pour de l’argent, c’est mon gagne-pain. S’ils s’en prenaient au petit paysage flamand qu’on m’a confié hier, j’aurais l’air de quoi, moi ? On dirait que je ne vaux pas un clou, pas étonnant qu’il ne gagne pas sa croûte, l’encadreur, maintenant il a un procès sur les bras, c’est comme ça ; il déposera son bilan, ça ne sera pas le premier. Alors la bestiole, je l’ai coursée ; elle m’a donné du fil à retordre. Pendant dix minutes, je lui ai fait la chasse. Tout ça pour découvrir que c’était l’écureuil du tapissier, ou plutôt de son môme, il ne l’a que le mercredi, le pauvre. En ce moment ça va mal, il n’ouvre même plus sa boutique. Il est dégoûté de tout, il n’a plus goût à rien. Et c’est moi qu’on appelle des fois, parce que les clients commencent à s’inquiéter pour leurs fauteuils. Moi, je dis : « j’sais pas, je l’ai pas vu depuis quelques jours ». Je ne peux quand même pas leur dire qu’il broie du noir, dans son atelier au fond de la cour. Qu’il a des angoisses, rapport à sa femme qui ne veut plus de lui, son commerce qui fiche le camp, ses frères qui veulent vendre. Bientôt, il ne pourra plus payer la pension alimentaire, c’est ça qui lui fait peur, à cause du petit. Moi, je ne dis rien. On ne peut pas grand-chose pour les autres. Hier, Marie est passée comme elle le fait souvent après son travail. Elle a dit que c’était visible que l’écureuil crevait de faim. Je lui ai dit que Fernando était peut-être carrément mort dans son atelier, vu qu’il ne répondait pas. Je le sais bien, j’ai donné des coups de pied dans la porte. Silence de mort. Estce qu’on appelle les gendarmes parce qu’un gars ouvre pas sa porte ? On n’y peut rien à tout ça. Dans la cour il y a toujours des problèmes à causes des garages. La fourgonnette du marbrier, le break du tunisien et la camionnette de Fernando empêchent les gens de sortir leurs voitures. En réalité la plupart du temps, ils ne font que bricoler dans leur garage. Mais c’est le règlement. Pas de véhicules dans la cour. Ca fait des années que ça dure... Moi, je dis rien, je n’ai pas de voiture. Quant à l'écureuil, bien sûr, je l'ai remis dans sa cage. To be continued

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    Quand il pleut sur les toits et que l'horizon se voile, foulard gris posé sur le ventre de l'hiver, ses bottes de caoutchouc le mènent jusqu'à la grève. Là, il éprouve le manque de quelqu'un. Parfois... Pour se taire ensemble… . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pieds nus elle avance sur le sable mouillé; L'autre, vaguelettes de salive blanche, recule. L'une, l'autre, toutes deux. Tranquilles. Au dessus, la mouette rit; Elle regarde ce miroir qui ne reflète aucun malheur. Seul le ciel qui s'y mire... . . . . . . . . . . . . . . . . . . Il a atterri dans ton jardin en soucoupe volante. Tu as ri quand il est descendu et il a ri de t'entendre rire. Dans le plein soleil et dans le vent gris, vous partez fouler la laisse de mer. Mais il est venu comment ce chemin s'il ne mène à nulle part? . . . . . . . . . . . . . . . . . . La marée se retire langoureuse. Sur les grains de sable, le soleil joue de ses lumières. Si le monde se renversait? Ça ferait de petites étoiles sur un tissu bleu-nuit... . . . . . . . . . . . . . . . . . . Une cuisine de berniques arrosée d'un beurre à l’échalote. Leur chapeau pointe, jaune, rebelle. Est-ce que les berniques poussent sur les rochers ou est-ce eux qui nous poussent à partir les cueillir à marée descendante? Le tout est de trouver le bon coin dont le secret se tient par l'anse du panier qui se remplit... . . . . . . . . . . . . . . . . . . Je refuse, répète elle, je refuse que ceci ne s'échappe! De ses doigts, elle relève une mèche de ses cheveux puis reprend le filet trois-mailles qu'elle ravaude... . . . . . . . . . . . . . . . . . . Entre le trait de Khôl qui dessine l'horizon et le rayon de brouillard suspendu sur sa corde, un navire silhouette au large. Fixer un point et le regarder progresser... Aussi sûrement que les hasards qui se nouent... . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tu t'offres en cocktail, mélange de saveurs miel et poivre que les autres goûtent. Moi je vois la digue que tu bâtis contre l'assaut de tes déferlantes. Tu pousses ton ventre contre mon cul, tes ronflements grossissent puis s’arrêtent pour me dire: A demain... . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'odeur d'iode s'enfle

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    Contrairement à la plupart des gens, je déteste le Petit Prince, et d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours trouvé ça atrocement niais.. Gnian, gnian..dessine-moi un mouton.. Berk Je crois que ça m’horripile surtout à cause de l'espèce de transe dans laquelle ce petit bonhomme semble mettre bon nombre de gens. A tout prendre, je crois que je préfère le Petit Lord Fauntleroy, ou même Le petit Poucet. Moi, qui suis d'une famille très nombreuse, j'adore cette histoire de cailloux et de parents obligés de condamner leurs enfants à une mort certaine. Histoire impressionnante s'il en est. Heureusement que, question planète, on a trouvé mieux! Mais qui sait, peut-être qu'il est là-haut, ce morveux, à sauter de cratère en cratère, et à nous espionner! Cela me rappelle une autre relation "épidermique" chez une amie qui ne pouvait pas supporter le Grand Meaulnes...(décidément, les tailles, de quoi faire tout un com). Sommée de donner son avis dans une dissertation sur la grave question : "regrettez-vous que Alain Fournier n'ait pu écrire que ce livre", elle avait répondu: "c'est un de trop!" Et pendant qu'on est dans le chapitre "souvenirs", pendant une interview de Michel Tournier, alors que le journaliste lui demandait s'il ne s'était pas "un peu" inspiré de Alain Fournier dans le Roi des Aulnes, où l'on assiste à une sorte de tournoi avec des "cavaliers" (le rapprochement est évident), Michel Tournier répondit ceci : "ce n'est pas moi qui l'ai plagié, c'est lui qui l'a fait avant moi". J'en suis tombée par terre..

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    C’était la dernière journée avant la dernière année. C’était il y a très longtemps, je me souviens bien. Le soleil brillait, il faisait beau, l’été avait commencé avec sa cohorte de chaleur. C’était un jeudi vingt-neuf juin. Tout était fini. Le soulagement prenait la place du stress ordinaire d’une fin d’année ordinaire. Pas de surprise. Pas d’imprévu. Le temps suivait naturellement son cours. Nous nous sommes retrouvés pour une dernière soirée. Dernière soirée avant l’éclatement estival, avant l’éparpillement des vacances. Avant le dispersement des corps et des âmes. Cela a commencé au sous-sol d’un des bâtiments qui nous étaient si familiers. Déjà quatre ans que nous y rodions, que nous y errions. Que nous y hantions, que nous y trônions. Nous étions venus nombreux. Je savais que c’était un peu spécial. Je savais que certains, je ne les reverrais plus. Peut-être plus jamais, mais à cet âge-là, peut-on dire sérieusement des définitivetés ? Pas d’émotion visible à cet âge-là. Pas de sentiment. J’avais apporté mon bel appareil photo. Un beau reflex. Avec un bel objectif, je pouvais atteindre trois cents de focal sur mon zoom, c’était impeccable pour prendre des visages de loin, de manière naturelle. Mais je n’avais pas osé, finalement, dans la danse de la camaraderie, dans le flot des vannes et des petites fiertés, je n’avais pas osé immortaliser quelques gestes spontanés de cette soirée, ni quelques visages, des portraits gravés cependant dans une mémoire qui ne s’effilochera jamais. L’appareil photo était resté sagement dans le sac, le sac gardait scrupuleusement l’entrée, dans un ordonnancement très masculin du rangement temporaire. Nous étions les rois des lieux. Des lieux qui voulaient nous soumettre à une sorte d’autorité suprême que nous reconnaissions paradoxalement, que nous recherchions même. Certains étaient déjà particulièrement "arrosés". Nous divaguions parfois jusque dans les couloirs. Des portes coulissantes le long des murs, faisaient recracher quelques vieux cartons. Ma curiosité alla jusqu’à regarder ce qu’il y avait dans certains cartons. Des copies vieilles de quatre ans. Nos copies. Jamais rendues ? Je choisis d’en garder une, celle d’un absent. Non temporaire. Je n’étais pas arrosé et j’avais ma clef de contact. Cela m’octroyait des avantages supplémentaires. Avec ce qu’il restait de troupes valides, c’est-à-dire, capables de se bouger un peu pour aller jusque dans l’habitacle, nous sommes descendus en ville. Le ciel était noir et dégagé, l’atmosphère chaude, l’esprit à la fête. Je me suis garé, comme les autres, pas très loin de la grande place. La place principale. Celle qui fait toute la beauté des guides touristiques, celle qui garde toujours sous la main, même sous la pluie, un ou deux photographes japonais, peut-être que maintenant, ils sont devenus chinois. Nous sommes allés aux Caves du Roi. Je n’y étais jamais allé. Je n’y serais plus jamais retourné. Ambiance classique, fumeuse, bruyeuse, enivreuse. La salle était en sous-sol. En sortant, vers les trois ou quatre heures du matin, tu avais tenu à uriner sur les pieds de l’hôtel de ville. Je t’avais imité. On révolutionne comme on peut. Je t’ai ramené, comme d’autres. Tu avais un train très tôt. Sept heures ou huit heures du matin. Tu n’allais pas dormir alors que moi, j’avais prévu de dormir la matinée pour me reposer de tous ces mois épuisants. Tu allais retrouver ton petit monde, là-bas, au loin. Tu m’en avais parlé parfois. La campagne. La vie simple. Les petites montagnes. Je les connaîtrais mais pour l’instant, elles étaient dans mon imaginaire. Quand je t’ai lâché, le sourire malicieux, tu m’as dit adieu. Je savais que nous ne nous reverrions peut-être plus. Mais je t’ai répondu en rectifiant : non, au revoir. Tu avais raison. Et jamais je n’aurais cru que j’irais chez toi si rapidement après. Que je connaîtrais ta famille si vite, les tiens, si sympathiques. Ni que je discuterais avec ta charmante cousine si hâtivement…

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    Parce que tu crois être seule à être triste ? Mais ma pauvre fille, tu n'as pas le monopole de la tristesse. Chacun fait comme il peut, avec ce qu'il trimbale comme valises ... et ça s’améliore pas en vieillissant. Que veux tu que je te dise ? On en est tous là à apprendre à faire avec parce que, de toutes façons, sinon ça se fait sans toi. Alors tu peux bien rester un temps sur le trottoir mais au final tu devras courir encore plus vite pour rejoindre les autres dans cette course effrénée dont l'arrivée se rapproche inexorablement, même si aucun n'en sortira gagnant. Simplement l'envie quand même de rester dans la course le plus longtemps possible et puis sans trop manger de ronds de carotte si possible. On nous a foutu ça en tête, un droit au bonheur, qu'on ne peut s'empêcher de désirer voire réclamer si on n'a pas son du. Pourtant rien ne dit qu'on y a droit, c'est un peu la loterie ou alors le destin, et t'auras beau l'appeler comme tu veux ça change rien à rien. Souvent d'ailleurs tu t'en rends compte quand il est passé, parce que franchement quand tu le vis t'as autre chose à faire que l'analyser, tu t'y complais et c'est bien mieux comme cela. Après...ben après ça dure pas c'est sur, enfin pas souvent et là tu te remets à ramer et à douter. Ça s'appelle vivre ma fille ! Avec ses fluctuations qui virent souvent vers le bas mais quand même chacun peut extraire quelques pics de paradis. Parfois on se dit que ça vaut tous les caniveaux, parfois non, qu'il aurait mieux fallu ne pas risquer, s'enterrer avant l'heure pour pas souffrir. Rester à l'abri de s'exposer même si c'est sur qu'à l'ombre le paysage sera plus terne. C'est un choix antinomique et incompréhensible pour celui qui fait le choix opposé. Ça veut pas dire que celui qui se protège déguste pas à sa manière, de sa peur à oser, de sa paralysie, des droits qu'il s'impose, qui l'emprisonne et l'englue dans ses désirs refoulés. Allez va, va t'asseoir quelques minutes sur le rebord du trottoir mais traîne pas trop, ça serait con, ta vie t'attend, laisse là pas filer. http://www.youtube.com/watch?v=cbVVesaQ96Y

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    L'écriture m'a quittée, je ne sais plus si c'est arrivé une nuit, j'aimais tant ça me lever la nuit, jeter mes mots sous sa lumière mandarine, ou par un mauve matin devant ma tasse de café, dans l'anneau sacré du premier volute de ma première cigarette Ou encore, un soir, le regard perdu dans le pourpre d'un vin, amoureusement goûté par mes lèvres et ma langue. Je ne sais plus. Ce n'était pas une panne des sens de mots, je n'en ai pas éprouvé de manque, non, les mots sont toujours là. A vrai dire, je ne l'aurais jamais remarqué si on ne me l'avait fait remarqué. Forcée de me dire, c'est vrai je n'écris plus ! Je me suis mise à me relire, tout relire, ça a pris du temps. Des émotions les plus limpides aux colères les plus noires, des nostalgies poignantes aux amours impossibles. J'ai tout jeté sur le papier, est-ce à dire qu'aujourd'hui rien ne se passe qui vaille une feuille de papier ? Certes pas ! Je pense modestement que mes remous n'ont d'intérêt que pour moi. Si d'aventure Vous passez par ici, merci à vous tous, tous vraiment tous, je n'exclus personne. Mes mots vous remercient de leur avoir donné vie en donnant une formidable dimension à la mienne.

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    "La différence entre un fou et moi, c'est que je ne suis pas fou" (Dali) " On a mis des gens dans des asiles pour faire croire à ceux qui n'y étaient pas qu'ils avaient toute leur raison" (Montaigne) Il était minuit quand la patronne annonça la fermeture et j’allai en titubant vers la sortie. J’ouvris la porte avec difficulté et quelqu’un dut me pousser au dehors car après avoir trébuché à plusieurs reprises je me retrouvai douillettement étendu dans un fossé non loin de ce bistrot inconnu où j’avais passablement bu. L’air que j’exhalais tranquillement s’échappait de mes lèvres comme une petite fumée et je la suivais des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans la nuit. J’étais bien. Longtemps la veille j’avais marché le long de la berge, retournant dans ma tête le discours que je comptais bien asséner au Directeur. J’étais las à mourir de mon rôle obscur et j’allais mettre un terme à ma position misérable dans cette petite firme qui produisait moins de rames de papier qu’il n’en n’aurait fallu pour cette petite agglomération de Courville-sur-Eure où je résidais à présent. Il y avait là de quoi dégoûter plus d’un débutant, et les quelques collègues que j’avais dans la place avaient l’air aussi mélancolique et hésitant que les premiers cafards qui osent sortir au début de la nuit. On allait bien voir si j’étais de la même espèce avec tout le reste de la chrétienté, à dire merci pour les quelques sous que je gagnais et qui suffisaient à peine à me loger. Quant à manger, je trouverais bien de quoi glaner dans les poubelles bien fraîches de cette civilisation perdue. Il ferait beau voir que je meurs de froid sur un trottoir avec un petit écriteau si sincère que tout le monde défilerait devant moi les yeux honteusement baissés ; comme si ces gens n’avaient pas autre chose à faire que de mâcher des remords à chaque fois qu’ils ne sortaient pas leur porte-monnaie. Est-ce que je donnais, moi ? J’avais choisi un préambule, une entrée en matière qui devait me permettre de ne pas perdre la face : « Pardonnez-moi, Monsieur le Directeur, mais je préfère ne pas me risquer… » Bien sûr, je voyais déjà le geste de la main qui balaierait mes paroles comme une fumée importune et l’invitation à continuer que je saisirais malgré moi, soucieux de mettre un terme à un rôle qui ne me plaisait pas, le rôle d’un homme auquel on rend service et dont on attend de la reconnaissance. Je la refusais cette reconnaissance de tout mon être et je me préparais à fuir cette maison austère où l’humanité rongeait son frein. Je voulais vivre moi, quitte à mourir de faim. L’air de stupéfaction qui se peindrait sur son visage parcheminé quand je prononcerais le mot « vivre » valait le sacrifice que je faisais à la liberté, et j’aurais voulu hurler ce mot encore et toujours, jusqu’à ce qu’il porte les mains à ses oreilles et qu’il devienne sourd comme il était aveugle, sourd au monde, sourd au printemps et sourd à ce fleuve tumultueux le long duquel je marcherais toujours. to be continued?? (héhé!)

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    C'est la lumière de l'aube qui me réveilla. Je mis quelques instants à me remémorer l'endroit où j'étais et ce pourquoi j'y étais. En tapotant à ma gauche, j'ai senti un corps chaud et odorant, coup d’œil, ouille c'était la fille d'hier soir, rencontrée au Trois Roses du Désert, unique bar de ce coin paumé ou on servait de l'alcool dans une musique assourdissante. Ce coin , Laâyoune ou j'étais venu construire la bande transpositrice du phosphate qui le convoyait depuis les dizaines de kilomètres jusqu'au port d'embarquement, était paumé. Les étrangers se retrouvaient tous chez Abdou à partir de minuit, pour écluser bières et whiskys en compagnie des filles du coin, qui pour moins de 1000 Dhs (90 Euros) passaient la nuit avec les candidats en mal de relations. Je me dis que c'était pas possible que ce soit une pute que j'ai ramassée, c'est pas mon genre, alors je me suis retourné vers elle. « Mince , la fille du consulat ! » Malgré les brumes de la Vodka, Dieu sait le mal que j'ai eu à m'en procurer chez Abdou qui ne servait pas ça souvent, et ce ça c'est vu dans le prix que ce gangster m'a facturé, j'ai remémoré la soirée. J'étais là bas depuis quelques minutes , quand , Hélène, c'est son nom, je le saurai plus tard, est arrivée avec ses potes de fiesta. Une jeune femme, blonde aux yeux verts dans la trentaine intrépide qui est entrée dans le bar en terrain conquis avant de s'installer sur le sofa qui jouxtait la piste de danse. Moi j'étais au bar en train d'écluser ma vodka orange pleine de glaces pour lutter contre la chaleur infernale. Elle m'a jeté un œil en secouant sa longue chevelure en y passant ses doigts longs et effilés aux ongles au vernis rouge provoquant puis a fait mine de détourner le regard. C'est à ce moment que la police a débarqué avec des lampes torches puissantes dans un océan de vociférations en arabe qui demandait à chacun de rester à sa place et que c'était un contrôle d'identité. Hélène , dont je ne connaissais toujours pas encore le nom, s'est levée brusquement et est venue se coller contre moi en me disant à voix basse « Dis leur que je suis ta femme, s'il te plait, et que je n'ai pas mes papiers » Elle sentait bon, patchouli et rose et avait des grands yeux en amandes, qu'Est-ce que je pouvais faire d'autre que d'accéder à sa demande? Quand le policier se présenta devant moi pour demander mes papiers, je lui ai sorti ma carte de responsable de la bande transporteuse, versus OCP, et je lui ai dit, qu'il n'y avait pas de problème, j'étais là par hasard avec ma femme. Le flic a bien vu à qui il avait à faire et que ces consignes ne s'appliquaient aux membres éminents des sociétés qui contribuaient à la richesse locale. Il a jeté un regard sur Hélène pour juger du fait qu'elle était ma compagne, tandis que cette dernière se serrait amoureusement contre moi pour montrer notre intimité. Elle me glissa à l'oreille « on se casse stp ». Alors je suis descendu du tabouret, et j'ai essayé d'avoir l'air digne alors que ça tournait un peu. Je lui ai pris la main et ait écarté la foule en sortant du bar. « Merci me dit-elle , je ne pouvais pas être contrôlée, je suis en instance de divorce avec le vice consul et ici les femmes doivent se tenir à carreau, tant qu'elles sont mariées » On est monté dans ma Jeep, j'ai filé en bord de mer dans un hôtel où j'allais quelquefois quand je m'occupais de la réception de la bande coté port. On s'est mis sur la terrasse dans la nuit étoilée avec les odeurs de l'océan et la douce chaleur apaisante de la nuit Le portier de nuit nous a dégoté une bouteille de Vodka et là je l'ai écoutée... « Voilà juste après le bac, je suis sortie avec Étienne, un copain, mais ça n’a pas duré longtemps nous étions assez éloignés l’un de l’autre sur le plan des préoccupations et il se savait homo, nous étions bien ensemble sur le moment ; je connaissais Armand , non futur mari, vaguement depuis quelques années mais j’avais sympathisé avec lui depuis deux ans. Je lui ai présenté Étienne. Puis ça a commencé à clocher entre lui et moi, Armand m’a rendu un petit service parce que je n’osais pas le dire à Étienne. C’était des gamineries, nous ne savions pas bien nous comporter à l’époque. Étienne nous a donc « surpris » un jour - mais c’était un peu arrangé comme situation- en train de nous embrasser à pleine bouche, le pauvre a été tellement choqué de voir ça, qu’il s’est senti mal ; je me suis enfuie mais Armand a su lui parler et lui faire admettre que notre histoire à Étienne et moi n’était que peu de choses. Il l’a raccompagné et les affaires se sont arrangées » J'ai émis un petit sifflement et un sourire situé entre la joie et la surprise. « Pour qui ? » lui dis je malicieux. « C’est malin ! » tonna Hélène Armand et Étienne sont devenus amants bien plus tard, je pense que j’ai été correct dans cette histoire. « Bref la situation est devenue intenable et Armand a décidé de partir , de prendre un poste dans un consulat lointain, alors je l'ai suivi comme une conne, par fidélité, mais ici ça a été l'enfer assez vite, il m'a délaissé, son expérience avec Étienne lui remontait dans les tripes, il ne savait plus s'il était homo , hétéro, bisexuel ,voire tri quand je vois les créatures avec lesquelles il s'est fourvoyé ! » La nuit a été pleine de blabla entre nous et ce matin , en la regardant en train de se réveiller je me demande ce qu'elle va dire, elle ouvre les yeux, se rend compte de qui l'accompagne et la bouche un peu pâteuse déclare solennellement : « Après une nuit pareille, je regagne pour toujours le camp des hétéros, quand sst-ce que tu m'épouse chéri ? » Je tâte dans la poche les clés de ma jeep et je lui dis " je file chercher le café..."

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