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TCHETCHENIE et quelques bavures par Feudouce

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Anna Polikovskaîa est une journaliste célèbre , qui s’est illustrée par de nombreux reportages en Tchétchénie. Elle a été assassinée dans des conditions qui n’ont jamais été vraiment éclaircies. Dans son livre " La Russie selon Poutine" ,son témoignage sur la situation des soldats russes envoyés en Tchétchénie est absolument accablant. Elle a rencontré les mères des soldats disparus dans des conditions suspectes, effectué de nombreuses recherches d’archives autour des affaires qu’on tentait d’étouffer. Après enquête, il s’avère que ces soldats ont été traités de façon indigne par leurs supérieurs hiérarchiques, sans que l’armée n’ait jamais été inquiétée. Humiliations, menaces, tortures, viols, mauvais traitements , se poursuivent pour servir d’exemples et les familles ne peuvent obtenir justice :Même si un procès a lieu, au prix d’une patience, exceptionnelle, les plaignants sont déboutés. Les soldats subissent des rackets et sont punis parfois de mort s’ils refusent de s’y soumettre. Ses références sont précises : 24 février 2002 : VALERI POUTENSEV en Sibérie est victime d’une mise en scène de tentative d’évasion . On lui refusera une transfusion et il en mourra. Sa mère Svetlana inquiète contacte le lieutenant colonel BOUTOV qui se targue de « savoir frapper les gens sans laisser de traces « mai 2002 : un soldat enterré jusqu’au cou, mains et pieds entravés. Les archives judiciaires russes décrivent ce que l’on appelle un zidan : puit creusé dans la terre où on jette des soldats ou civils afin de les torturer. Ces zidan sont très nombreux dans le pays. On demande souvent aux victimes de les creuser Ensuite, ces zidan sont conservés pour d’autres tortures ou sévices. Anne Polikovskaia dénonce les « faux procès » qui ne respectent pas les droits de l’homme. Ainsi les accusés sont torturés pendant une semaine avant qu’on déclare leur arrestation officiellement. On les force à signer de faux aveux ou lorsqu’on leur commet un avocat d’office, ceux ci défendent l’intérêt de l’accusation, sans que la famille soit prévenue afin d ‘éviter qu’elle envoie un vrai avocat. On fait signer aussi des feuilles blanches, afin d’y inscrire par la suite n’importe quoi. ( affaire KHASSOUKANOV accusé d’avoir formé un gang terroriste sous les ordres de MASKHANOV alors qu’il n’avait commis aucune action illégale) Elle dénonce aussi des « victimes civiles « Affaire du colonel BOUDANOV ;on voit comment un lieutenant colonel éméché (Fiodorov )Impose un pari à son colonel ( Boudanov) en donnant l’ordre de tirer sur un village ( Tanghi) sans aucune raison. Bagreîev, pour éviter le carnage, demande à ses hommes de remplacer les obus à fragmentation par des obus perforants et de tirer au dessus des maisons. Il sera torturé pour cet ordre. Boudanov fera enlever une jeune fille innocente de quinze ans ( ELZA VISSAIENAVA KOUNGAIEVA) sous prétexte d’attraper une et terroriste sniper .On la retrouvera nue , violentée et étranglée. L’affaire aurait pu être étouffée comme de nombreuses autres affaires mais exceptionnellement, les supérieurs hiérarchiques de Boudanov , les généraux GUERASSIMOV et VERBITSKI avaient donné l’autorisation d’arrêter le colonel assassin. Le juge KOSTINE voulait « blanchir « le colonel et la famille Koungaïev , qui subissait de nombreuses menaces pour avoir demandé justice, n’avait pas assez d’argent pour prendre de bons avocats. Très pauvre, la famille s’était réfugiée dans un camp en Indouchie et vivait sous une tente, à la merci de représailles de l’armée. Le premier avocat tchétchène , Hamzaîev, était inefficace. Le second, MARKELOV avocat de MEMORIAL, était russe , et avait le sens de la communication. Et le talent de convaincre les médias pour cette juste cause.. Au début, le procès avait lieu à huit clos. Les arguments de la défense étaient balayés par le juge Kostine . Un témoin qui se révèle être sourd muet , l’autre, délinquant qui déclare n’avoir jamais rencontré Boudanov, la réputation d’hommes a filles de Boudanov qui se faisaient livrer « des proies » , la date exacte du faux témoignage qui précède d’un jour l’idée d’une revanche … Tout prouvait que le « héros » n’était qu’un triste individu incapable de contrôler ses pulsions sexuelles et ses pulsions de violence gratuite. Le droit russe était remplacé par la coutume tchétchène, d’où la volonté de Boudanov de maquiller ce fait divers d’assassinat en « vengeance patriotique « . Même les quatre expertises psychiatriques étaient truquées, alignées sur les ordres du Kremlin : Les deux premières expertises indiquaient en effet que Boudanov était responsable de ses actes au moment de l’assassinat.. Le juge Kostine, dépendant directement du Ministère de la défense qui exigeait le blanchiment de Boudanov a obtempéré et exigé une troisième expertise , totalement pipée cette fois ci , avec l’alibi de T PETCHERNOKOVA expert psychiatre de haut niveau, à la botte du Kremlin. C’est déjà elle qui avait permis de faire interner, sous les ordres du KGB, Natalia GOBARNEVSKAIA qui avait osé manifester pacifiquement sur la Place rouge avec son bébé, contre l’invasion de la Tchécoslovaquie. Cette militante des droits de l’homme et poêtesse fut diagnostiquée « schizophrène « par cette même « expert » , accompagnée deMARTYNENKO, également à la botte du pouvoir., et internée pendant plusieurs années à Kazan. Elle a subi un traitement forcé à base de neuroleptiques ( halopéridol dont l’usage abusif déclenche la maladie de Parkinson ) Le KGB , pour ne pas éveiller de dénonciations sur les droits de l’homme contre la dissidence, a souvent préféré faire interner les militants dans des hôpitaux psychiatriques, avec l’appui de quelques psychiatres réputés pour leur bonne « coopération avec le régime ». Ainsi Lioudmila ALEXIEVA , célèbre militante des droits de l’homme en Russie, écrit dans l’histoire de la dissidence en URSS que sur 85 personnes jugées pour délits politiques, un tiers , soit 24, furent diagnostiqués comme malades mentaux. Les autres étaient condamnés pour calomnies envers le régime soviétique. Avec l’appui de Petchernikova. Celle ci a fait profil bas pendant la période démocratique qui a marqué la fin du règne de Gorbatchev et sous Eltsine. Mais elle a ressurgi en force avec Poutine comme 6 000 membres des services secrets qui – dit on – ont suivi Poutine et occupent maintenant les plus hautes fonctions de l’Etat. Ils occupent des postes clé : « Conseil de sécurité, Ministère de la Défense, Affaires étrangères, Justice, Industrie nucléaire, Impôts et taxes, Intérieur, presse, télé et médias …) L’affaire Boudanov a pu être jugée grâce à un soutien international au plus haut niveau. Le corps exhumé de la jeune fille montrait des traces de viol, prouvant la culpabilité de Boudanov, surpris en slip après l’assassinat. Là aussi, le colonel a été blanchi puisque le rapport truqué tente de faire croire qu’il peut s’agir d’un viol post mortem. Memoriam et l’institut de psychiatrie indépendante eurent alors la géniale idée d’impliquer des collègues allemands qui exprimèrent leur diagnostic au vu des pièces communiquées, puisqu’on refusa qu’ils participent à l’expertise en Russie. Gérard SCHRODER en personne contacta le président Poutine pour exiger un jugement honnête. Poutine accepta alors une quatrième expertise avec des experts indépendants. Pour la première fois, des témoins de la partie civile furent appelés à la barre. Le général Guerasnissinov eut le courage de révéler que le colonel Boudanov appartenait au Ministère de la Défense et non à l’intérieur. Qu’il n’était donc pas habilité à pénétrer dans le village de Tangui pour y faire effectuer des fouilles ou traquer une snipper, qu’il n’avait pas non plus le droit de contrôler les passeports, ou collecter des renseignements dans les zones habitées. Iakahaiev confirma de son côté qu’il n’avait jamais remis de photo avec la snipper .Tous les arguments de la défense s’effondraient et le colonel Boudanov a été condamné à 1à ans de travaux forcés le 25 juillet 2003. Tous les autres crimes de guerre , moins médiatisés, ne sont pratiquement jamais punis , au même titre que les responsables du massacre de Daî. La journaliste traque la mafia, la police et la justice, et dénonce les liens étroits qui les relie. Outre les dénonciations de ces procès tronqués, ce livre a l’intérêt également de relater les ascensions sociales très rapides qu’a permis le régime de Poutine. L’histoire de son mie Tania , devenue propriétaire d’une chaîne de grands magasins grâce à un travail acharné et à de multiples pots de vins aux administrations locales, est très éloquente. Elle raconte aussi la difficile reconversion des meilleurs éléments de l’armée qui ont risqué leur vie mais à qui on ne propose plus rien lors de leur retour à la vie civile. Expulsés souvent de leur logement, ils sont contraints de rejoindre des gangs ou la pègre pour assurer leur survie et celle de leur famille. Elle a été une des pionnières à dénoncer ces pratiques inadmissibles et en a payé le prix fort. Il semble que les citoyens soient de plus en plus nombreux à se révolter. Les nombreuses manifestations du peuple russe contre des élections truquées donne de plus en plus de crédit aux accusations de cette journaliste. Ce livre aide à mieux comprendre le bouleversement actuel en Russie et l’explosion de la population, longtemps condamnée au silence.

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