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Les commentaires de Pointscommuns.com : le premier site de rencontres par affinités culturelles.

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  • 02/12/13--04:46: Midweek par Jules Félix
  • C’était la Chandeleur, J’ai mangé une pizza. Ce sera Mardi Gras, Miam miam beignets au beurre. Ensuite viendront les Cendres, Utiles au barbecue Pour consumer toute nue La belle de mes méandres. Car la Saint-Valentin Va poindre élégamment Son bout de nez calmant Comme un miroir sans teint. Vendredi Saint, légère, Tu pourras donc jeûner Sans prendre un seul soufflé, Sortir de la galère. Après, tu auras Pâques Qui te rendra gigot Cloches et œufs de bigots Beau lapin dans son bac. Tu n’auras pas la trouille, Même avec la lune rousse, Inébranlable frimousse, Joyeuse comme une citrouille. Temps morose de Toussaint, Sous les feuilles englouties, Seras ensevelie Par l’espoir du divin. Quand sera la Noël, Lourde, tu t’empiffreras ; Dindes aux marrons, foie gras, Et grenouilles à tir d’ailes. N’oublieras pas la bûche, Avec le chocolat Et son pouvoir ingrat, Dans l’enthousiasme d’une ruche. Manger les pissenlits, Jamais par les racines, Plutôt une galette fine En pleine Épiphanie. C’était la Chandeleur, J’ai mangé une pizza. – J’irai. – Oui. – … – Qu’est-ce que t’as dit ? – Je déchirais. – Ah, j’ai cru que tu disais chérie. – J’ai digéré. Burps ! Et les crêpes alors ?

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  • 02/15/13--23:51: Flight par JANUS72
  • Flight.... Vol ? Décoller pour naviguer haut et loin ? Pour le fun et toujours ? Non ! ¡ ¡ Ramassage total - atterrissage forcé & prématuré - cassage de gueule de bois ! Ce n'est surtout pas un film Katastrofff non, pas totalement un Thriller, un Drame... Sans doute, une charge sur la charge, peut-être oui. 2:20 qui filent à mach 1 sans pour autant plané. Un Acteur de Haut vol. Un Scénario enlevé, épatant. Une mise en scène parfois aérienne, vaporeuse et tantôt clinique, voire éblouissante car si près de la lumière, même si elle peut être "artificielle". Une Bande Son stratosphérique Des Seconds Rôles z'ailés, gros-porteurs même, avec de la poussée ! Quelques moments forts, avec trous d'air ou au contraire trop plein d'oxygène (cette scène de l'escalier à l'hosto....) Denzel Washington sur orbite, Star... Étoile sombre plutôt, mais tellement Remarquable entre toutes. J'ai vraiment aimé. À vous de voir.

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    Walter Benjamin, L’œuvre d’art à l’ère de sa reproduction mécanisée Ce texte de Walter Benjamin est parfois assimilé, à tort, à la perte de sens dans nos sociétés, à la dégénérescence de l'art ; il s’inscrit pourtant au départ d’une aventure intellectuelle encore en cours et toujours aussi nécessaire : celle de la critique des médias. L’œuvre d’art à l’ère de sa reproduction mécanisée ou L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, selon les traductions, est un texte fondateur des théories de l’art au XXème siècle. Son auteur, Walter Benjamin est un penseur de la modernité ; sa réflexion, qui répugne aux formes systématiques, se meut entre philosophie, critique littéraire et sociologie de l’art. Sa méthode de recherche est celle d’une « connaissance par composition », qui lui permet de mettre en évidence ce qu’il trouve être la crise de l’aventure intellectuelle : selon lui, l’homme (l’artiste et le scientifique), dans le monde moderne, est confronté à la tentation d’atteindre le sacré, mais, face à l’inaccessibilité de sa quête, il subit la mélancolie de l’échec, est empêché de vivre l’illusion de pouvoir recomposer « ce qui a été brisé ». Lorsqu’il l’écrit en 1935, Benjamin voit L’œuvre d’art à l’ère de sa reproduction mécanisée comme un point de départ lui permettant de définir une théorie de l’art qui lui sera utile à des développements ultérieurs, son objectif étant d’aborder le destin de l’art dans la société. Ses thèses sont en partie influencées par ses collaborateurs de l’Institut de recherche sociale de Francfort mais aussi par son ami Berthold Brecht. Son propos sera rejeté et par Adorno et par Brecht, qui en sont pourtant (d’une certaine manière) les inspirateurs, notamment en raison de la suspicion de leur influence respective sur le travail de Benjamin. Adorno récuse la radicalité du communisme de Brecht tandis que ce dernier voit les animateurs de l’école de Francfort comme des « bourgeois vêtus de rouge », des marxistes circonstanciels. L’un et l’autre finiront cependant par se rallier aux idées de Benjamin. Ces idées partent du principe que l’art provient d’un contexte originellement magique et rituel ; l’élément historique de l’art s’identifie avec son enracinement dans la tradition. Le caractère sacré qui entoure initialement l’œuvre d’art procède d’un éloignement mystérieux et en même temps d’une présence, une présence inaccessible mais qui demeure une présence unique assurant le lien de l’œuvre à l’homme. Avec l’invention des procédés de reproduction technique, l’inaccessibilité disparaît ; la qualité rituelle et magique de l’œuvre d’art est remplacée par son accessibilité potentielle à tous les hommes. L’œuvre d’art perd ainsi sa signification originelle au profit de qualités illustratives. En somme, coupé de sa tradition historique, l’œuvre d’art n’est plus vécue comme une vérité infaillible mais est observée comme une vérité circonstancielle. Benjamin écrit : « A la reproduction même la plus perfectionnée d'une œuvre d'art, un facteur fait toujours défaut : son hic et nunc, son existence unique au lieu où elle se trouve. […]Les composantes de l'authenticité se refusent à toute reproduction ». Ainsi, l’unicité de l’œuvre d’art originale n’est pas reproductible ; son contexte originel lui assure une existence unique, donc la reproduction technique a beau être fidèle et identique, elle n’est pas authentique. « Ces circonstances nouvelles peuvent laisser intact le contenu d'une oeuvre d'art - toujours est-il qu'elles déprécient son hic et nunc. »), mais, dépouillée de son contexte, elle perd sa fonction, la transmission du message original n’est plus assurée (le contenant ayant changé, le contenu, même identique, est décontextualisé). L’histoire n’est plus vécue et ressentie mais simplement observée, en partie, puisque accessible seulement en partie. L’original impose tandis que la reproduction propose. On pourrait rapprocher cette idée de Benjamin de la critique de la mimesis que fait Platon. Platon reproche aux choses d’être différentes des idées. Pour lui, les objets sont de mauvaises copies des idées, et les peintures des objets sont des copies de copies, donc d’autant plus éloignées de la vérité. Dans cette logique platonicienne, les reproductions techniques d’œuvres d’art ne seraient que des copies de copies de copies. Selon Benjamin, ces nouvelles techniques posent un problème dans la perception même des œuvres d’art et des idées qui en étaient à l’origine : une reproduction, dont, en plus, la signification est infidèle à l’œuvre originale, ne peut pas être perçue avec les mêmes sentiments ; le spectateur ne peut pas avoir la même disponibilité que face à une œuvre authentique, forte d’une tradition, une œuvre dont l’histoire unique assure sa croyance. Auparavant, l’œuvre d’art venait s’inscrire dans le domaine des rêves, reproduite techniquement, l’homme n’a que sa conscience pour tenter de savoir ce qu’elle signifie et ne peut en dégager de la beauté qu’à partir de ses qualités techniques (et intellectuelles). Face à la reproduction, l’attitude de l’homme est donc celle du jeu ou de l’intellectuation (ce qui revient au même), c’est une attitude de distraction. Le spectateur, dépossédé de ses moyens d’actions sur l’original, – sur lequel il se privait bien d’intervenir eu égard au respect et à la croyance que la tradition lui avait inculqués – a de nouveaux moyens d’interventions dans (ce qui est désormais) la consommation de la reproduction : il peut arrêter le disque qu’il écoute, réécouter le passage qui l’intéresse, il peut aussi découper un morceau de photographie pour éventuellement le coller avec un autre, et cela, sans abîmer l’original. La reproduction technique complique la tâche du spectateur qui ne sait plus quelle autorité conférer aux œuvres, mais aide l’historien d’art en lui rendant accessible le patrimoine de l’humanité et en permettant de confronter l’inconfrontable. « On pourrait réunir tous ces indices dans la notion d'aura et dire : ce qui, dans l'oeuvre d'art, à l'époque de la reproduction mécanisée, dépérit, c'est son aura. » L’aura est pour lui assimilée à l’unicité de l’œuvre d’art originale, elle n’est pas reproductible et n’appartient qu’à l’œuvre d’art authentique, par opposition aux objets utilitaires et profanes. En fait, la reproduction est vécue comme un déracinement de l’œuvre qui perdrait de son pouvoir et sa proximité avec la société qui l’a créée. Avec cette notion d’aura, l’apparition de l’œuvre semble conditionnée par un mouvement paradoxal : même proche on en serait éloigné. C’est à cette visibilité paradoxale, due à l’éloignement dans la proximité, et à l’unicité d’un lieu et d’un moment, que Benjamin donne le nom d’aura. C’est ce qui se charge de l’œuvre pour la faire disparaître en tant qu’œuvre et la faire devenir lieu de passage. À proximité physique de l’œuvre, on en serait mis à distance par la croyance en son pouvoir, et on ressentirait l’inaccessible. L’aura, c’est le sentiment de frôler l’inaccessible, en somme la Vérité. L’aura est ainsi la sensation qui intervient lors d’une rencontre entre deux êtres, dont l’un est nécessairement animé et croit dans le pouvoir de l’autre d’avoir de l’influence sur lui-même. C’est sentir un lien s’établir, c’est croire au pouvoir de réponse de la chose rencontrée. L’aura n’est pas un fait de nature immuable, mais elle se fait et se défait dans le rapport à l’autre. Elle n’est pas une propriété des phénomènes, mais ce qui arrive à ce que l’homme regarde et dont il espère un signe en retour. L’aura de l’œuvre d’art repose sur une croyance, qui fait que lors d’une situation où l’homme aborde l’œuvre, il lui confère le pouvoir de l’aura. Ce pouvoir c’est celui de l’émotion ; l’aura émeut, nous rappelle que nous partageons une fragile humanité, elle nous rappelle cet inaccessible que (pour le moment) nous ne pouvons atteindre, c’est une sorte d’appel à solidarité. L’aura est expérience au sens propre du terme, elle est traversée de l’objet, qui se présente comme un obstacle et que l’on transforme en issue, en voie de passage. L’aura est ce à quoi on confère l’étrange pouvoir de nous absorber dans le lointain et de nous faire oublier que l’objet qui est là est seulement un objet ; c’est une faculté d’aveuglement. L’aura met à l’épreuve la frontière qui sépare le sujet de l’objet et la métamorphose en union. Le spectateur de l’œuvre croit en la possibilité de cette union et cette croyance est la condition même de sa possibilité ; ce spectateur se laisse faire par l’œuvre. Si, par l’expérience de l’aura, le spectateur se laisse déranger par l’œuvre, c’est qu’il croit au résultat bénéfique de ce dérangement, alors qu’en réalité il ne fait qu’obéir à un comportement appris, qui assure son bien-être justement du fait de sa croyance, c’est ce que l’on nomme la tradition et qui est un mode de comportement transmis dont n’est pas remis en cause le bien-fondé. C’est ainsi qu’avec la reproduction technique, les œuvres d’art, sorties de leur contexte historique, voient leur aura décliner. Benjamin parle en conséquence de « bouleversement de la tradition » ; si l’aura se perd, c’est que les hommes ne croient plus dans la valeur de leur culture d’origine, et cette perte, bien qu’elle repose sur le déclin de la croyance, est vécue comme une dépossession (du fait de la relativisation des valeurs culturelles et cultuelles qu’entraîne la reproduction technique des œuvres. Si toutes les œuvres peuvent être enregistrées et reproduites par le film, le disque et la photographie, c’est qu’elles se valent, et qu’aucune n’est plus proche de la vérité qu’une autre.) En contribuant à la déchéance de l’aura des œuvres, les techniques de reproduction permettent en contrepartie d’avoir un regard plus critique sur sa culture et ses propres pratiques, regard qui l’autorise à (essayer de) comprendre celles des autres. Si l’œuvre d’art reproduite perd son aura originelle et se trouve détachée de sa tradition, elle prend de nouvelles dimensions, devient appréhendable dans de nouveaux volumes qui permettent de la découvrir d’un nouveau point de vue et la soumettent à une nouvelle actualité. On pourrait dire que de cette manière, elle acquiert de petites auras contextuelles ; « la reproduction mécanisée assure à l'original l'ubiquité dont il est naturellement privé. » En venant offrir l’original sous une forme différente et multipliée, la reproduction lui accorde une nouvelle vie, un sens qui le relie à l’ensemble de l’humanité et qu’il n’aurait jamais pu atteindre s’il était resté dans la tradition qui lui a donné naissance. « Chacun aura pu observer combien un tableau, plus encore une sculpture et, par-dessus tout, une architecture se laisse mieux appréhender en photo que dans la réalité. On serait tentés d’attribuer ce fait à un simple déclin du sens artistique, à une insuffisance de nos contemporains. Mais on est bien forcé de constater que, dans le même temps à peu près où se constituaient les techniques de reproduction, un changement s’est produit dans la manière de percevoir les grandes œuvres. Celles-ci ne peuvent plus être envisagées comme des productions individuelles, elles sont devenues des compositions collectives, si puissantes qu’on ne peut les assimiler qu’à condition de les réduire. Les méthodes mécaniques de reproduction se ramènent en fin de compte à une technique de réduction, et procurent à l’homme un degré de maîtrise sur les œuvres sans lequel il ne saurait plus qu’en faire. » En regard de ce texte, il est indéniable que Benjamin gratifie d’une puissante utilité les technique de reproduction, et s’il craint que l’actualisation générale de « l’héritage culturel » porte atteinte à la « tradition », il accorde à ses techniques qu’elles participent aussi à une interprétation des traditions. Reste à savoir si telle interprétation relève de la vulgarité, du contresens, ou d’une relecture authentique et féconde. Ce n’est donc pas la reproduction technique en tant que telle qui représente un danger, mais la possibilité qu’elle ouvre, hors des mécanismes traditionnels de la transmission culturelle, d’exploiter l’héritage culturel trop rapidement, sans nécessairement bien en maîtriser les fondamentaux. Ce qui inquiète Benjamin, ce sont les usages à mauvais escient de la tradition, ses pervertissements. Finalement, avec la reproduction technique, c’est tout le rapport aux œuvres d’art traditionnelles qui est modifié de sorte que l’actualisation devient plus importante que l’original. Le rapport entre production et réception est renversé dans la mesure même où la reproduction renverse la relation entre l’original et sa copie (en effet, dorénavant ne découvre-t-on pas la copie avant de rencontrer l’orignal, si toutefois on le rencontre jamais). En même temps, la reproductibilité induit une délocalisation et une détemporalisation qui abolit l’appartenance de l’image à un espace et à un temps déterminé et permet non seulement de nouvelle perspectives sur l’objet mais ouvre à ce dernier la possibilité d’existences nouvelles. Ainsi conçue, la reproduction technique ne se contente pas de déplacer l’objet dans un autre espace-temps, elle expérimente d’autres façons d’être du monde. Et surtout, la notion même d’authenticité perd tout fondement ; l’original n’est ni plus ni moins authentique que sa reproduction dans une existence différente, dans une autre actualité. En déterminant la valeur des œuvres, en en valorisant certaines plus que d’autres, l’histoire de l’art procède à une hiérarchisation qui est aussi une forme d’actualisation. En somme, la discipline actualise l’originalité des œuvres d’art originales, aidée en cela par l’actualité que trouvent ces œuvres dans leurs reproductions techniques. L’histoire de l’art dit « Voilà ce qui remarquable et voici ce qui ne l’est pas. Ceci a, ou a eu, de l’aura et cela n’en a pas. » L’étymologie n’est pas toujours bonne guide, mais si on se penche sur l’origine du mot art, on observe qu’il vient du latin ars, qui lui-même traduisait le terme grec tekhnê, tekhnê qui a donné en français technique. En grec ancien, la tekhnê désignait un certain type de savoir : le savoir-faire réglé des activités techniques ou artisanales. La tekhnê des Grecs, l’ars des Romains, à la fois art, artisanat et technique, consistait dans la connaissance des règles qui président à la production d’une œuvre bien faite. Cela incluait aussi bien l’art de produire des statues, de la musique, des discours ou de la poésie que la médecine. Avec le temps, les traductions et les évolutions de la technique, la définition a été fortement rénovée, si bien qu’aujourd’hui – à part les traditionnels Beaux-Arts – on ne plus trop quoi mettre derrière et qu’on parle plus facilement de culture. Benjamin ne donne pas de définition particulière de l’art ni de « l’œuvre d’art », mais quand il parle « d’héritage culturel » et de « tradition », on peut en déduire que sa conception se rapproche fondamentalement de ce qu’on appelle la Culture. Il ne le précise jamais et ça ne l’intéresse guère de savoir si les nouvelles techniques sont de l’art, ce qui l’intéresse c’est de savoir ce que devient l’art avec ces nouvelles techniques. Ce qui retient son attention dans les nouvelles techniques, c’est de savoir ce qu’elles font des anciennes, de quelles manières elles traduisent (actualisent) la tradition. Les artistes contemporains élaborent à leur façon des éléments de réponse à ses sentiments qui se propagent. Consciemment ou non, la possibilité de reproduction technique des œuvres d’art, et des œuvres en général, influe sur leur réflexion et leur travail. À cette époque, Marcel Duchamp a déjà produit des ready-made, qui sont des objets manufacturés, produits en série, promus au rang d’œuvres d’art par les seules volontés et signatures de l’artiste. Il également détourné une œuvre d’art historique, La Joconde, ajoutant moustaches un bouc à sa reproduction technique sous forme de carte postale. Dans ce contexte où l’original peut être destiné à disparaître, et où l’on produit de l’original reproductible à partir de reproduction, on ne sait plus très bien quelles valeurs lui accorder. Cependant, comme par un réflexe d’autodéfense, les originaux des œuvres ont vu leur valeur se conserver et même fortement augmenter. Finalement, la reproduction technique a concouru à accroître la valeur symbolique et marchande des originaux des œuvres d’art entrés dans la tradition (de l’art), dans « l’héritage culturel », si bien que même les photographies – technique de reproduction et par essence reproductible – ont leurs originaux. Les œuvres d’art qui sont entrées dans l’héritage culturel commun de l’humanité et qui bénéficient d’une forte valeur esthétique et symbolique (aidées en cela par l’histoire de l’art), d’une importante aura, voient leurs auteurs être dorénavant perçus comme des héros de la civilisation. Si les créateurs contemporains d’art veulent rester dans l’histoire de l’art, il est préférable, voire indispensable, qu’ils réalisent des œuvres techniquement reproductibles, car si l’on peut rentrer au musée avec une œuvre impossible à actualiser par la reproduction technique, il paraît peu probable qu’on puisse y rester avec une œuvre non (facilement) médiatisable. Quand Benjamin parle de « l’ubiquité » des œuvres d’art qui, par l’entremise de leur reproduction, peuvent se retrouver dans quantité d’endroits simultanément et toucher un bien plus grand nombre de personnes, il entend que cette « existence en série » multiplie les possibles. C’est une forme de démocratisation du patrimoine culturel ; tout un chacun peut désormais accéder à des œuvres qui lui étaient matériellement et techniquement inaccessibles. L’exemple d’une scène du film Les carabiniers (de 1963) de Jean-Luc Godard est à cet égard éloquent : deux jeunes hommes qui ont été envoyés faire la guerre en reviennent avec des « souvenirs » (leurs conquêtes), ces souvenirs sont des cartes postales reproduisant quelques unes des plus grandes œuvres de l’histoire de l’humanité comme Le Colisée ou La pyramide de Kheops, et quand ils finissent par les jeter négligemment au sol en s’exclamant que ce ne sont que des cartes postales, leurs femmes répondent que : « Non, ce sont des titres de propriété ». Si les œuvres d’art ne représentent plus cet au-delà inapprochable et qu’on peut désormais les posséder, c’est que l’expérience de l’art change de nature : de la contemplation on passe à la consommation. La masse reçoit l’œuvre (se l’approprie) alors qu’auparavant l’individu se plongeait en elle (pour accéder au monde des sentiments d’infini). En fait, l’œuvre d’art change de statut : alors qu’elle était un lieu de passage, elle devient exposable en tant qu’œuvre d’art. Et si elle était déjà devenue exposable avec les collectionneurs et les musées, avec la reproduction, c’est son exposabilité qui est exposée. « «rapprocher» les choses de soi, ou plutôt des masses, c’est chez les hommes d’aujourd’hui un penchant tout aussi passionné que le désir de réduire l’unicité de chaque situation en la soumettant à la reproduction […] Dégager l’objet de son enveloppe, détruire son aura, c’est la marque d’une perception qui a poussé le sens de tout ce qui est identique dans le monde au point qu’elle parvient même, au moyen de la reproduction, à trouver de l’identité dans ce qui est unique ». C’est ce que dit aussi cette scène des Carabiniers, où avec les photographies d’œuvres d’art, les personnages ont ramené des photo de pin-up ou de sportifs : le Lièvre de Durër est accolé à Mickey Mouse. Plus rien n’a de sens, tout est devenu semblable. La reproduction opère un grand mélange ou tout devient équivalent. On l’aura compris : avec la reproduction, l’œuvre d’art perd son unicité et se trouve incluse dans un processus social, économique et politique qui la dépasse. Benjamin écrit : « Ces deux procès mènent à un puissant bouleversement de la chose transmise, bouleversement de la tradition qui n'est que le revers de la crise et du renouvellement actuel de l'humanité. » Ces mouvements ne touchent pas seulement l’art mais l’humanité entière ; la reproduction mécanique et, plus généralement, l’évolution des procédés techniques s’inscrivent dans un vaste processus de perturbation des modes de vie. La reproduction promet l’ubiquité à l’œuvre d’art, qui peut donc se retrouver partout, mais, au fond, elle n’est nulle part véritablement (et si l’original se trouve encore dans un lieu qui assure l’unicité de son espace et de son temps, c’est un musée ou endroit muséifié où elle n’a d’autre fonction que de s’exposer). La massification de la culture invite à un grand mélange où tout se ressemble et tout se perd, c’est pour cela que Benjamin parle de « liquidation de la valeur traditionnelle de l’héritage culturel ». On pourrait assimiler ce changement à la notion de syncrétisme culturel que l’on pourrait définir comme la fusion d’éléments (apparemment) disparates, l’idée que l’histoire s’emballe et conduit à un flot d’associations inattendues. La reproductibilité offre à l’œuvre le potentiel de rassembler tout le monde, mais en fait elle ne rassemble personne, ou, plutôt, elle est l’occasion de mini rassemblements hasardeux. En plus de coïncider avec la naissance des classes sociales, la fin de l’œuvre d’art unique coïncide avec l’émergence de l’individu. C’est dans la destruction de la tradition que l’individu apparaît. L’incertitude de l’avenir qui se propose à un individu devenu plus ou moins maître de lui-même s’accompagne de l’incertitude du sens de l’art, et de la relativisation de la place de chacun. Aux temps du mysticisme, l’œuvre d’art représentait un au-delà à atteindre, au temps de la technique, la reproduction représente l’œuvre d’art comme une fin ; mais, sorti de son contexte, l’œuvre est déchue de son aura et de son sens. L’œuvre d’art est perçue au présent comme un passé inatteignable, alors qu’elle était vécue hors du temps comme l’assurance d’un salut. Si la reproduction mécanisée déplace l’œuvre hors du temps en lui assurant une éternité technique, elle annule son éternité symbolique. Assumer l’expérience de l’art sans l’aura est la caractéristique de l’homme moderne, qui apprend à se passer de l’illusion. Il ne peut plus penser à son niveau local, mais fait maintenant partie d’une foule et est spectateur de cette foule, donc spectateur de lui-même. Quand l’œuvre d’art devient exposable – ou plutôt quand, avec la reproduction, l’exposabilité de l’œuvre d’art devient exposable – c’est l’homme qui s’expose à lui-même. Sans aura, l’homme est maintenant seul au monde, sans Dieu. Séparé de la richesse d’une telle présence, l’homme à l’ère de la photographie et du film se retrouve sans assurance ni sécurité, sans autorité sinon la fragilité de la sienne. La reproduction technique excluant le rapport et la rencontre directs avec l’œuvre, il n’y a plus de possibilité de « Réponse ». C’est au spectateur de trouver ses propres réponses. Ce n’est pas simplement le rapport de l’homme à l’œuvre d’art qui change, c’est le rapport de l’homme au monde : l’individu n’est plus un sujet mais un consommateur. Il n’est plus jugé par une entité inaccessible mais par les autres hommes. La notion d’aura, et son déclin, permet aussi de comprendre que les rapports entre les hommes (et entre les hommes et les choses) ne sont que des constructions, plus ou moins opérantes, qui peuvent donc se défaire. La déchéance de l’aura et de la tradition, en étroite relation avec l’émergence de l’individu, perçu comme de plus en plus rationnel, peut être envisagée comme l’acquisition d’une capacité (d’auto-)critique. Le lien de la tradition corrompu, l’art n’est plus transmis d’homme à homme mais passe par des intermédiaires ; et si ces intermédiaires sont critiquables puisque incapables de transmettre la tradition en l’état, ils nous permettent de constater que cette tradition est une construction, et donc qu’elle est elle aussi critiquable. Il faut savoir que la pensée de Benjamin, en particulier dans cet essai sur l’œuvre d’art, s’inscrit dans le courant philosophique et politique du matérialisme historique impulsé par Karl Marx, et selon lequel le sens de l’histoire dépend du facteur économique et de la lutte entre les classes. Ainsi, quand Benjamin s’attaque aux films qui, pense-t-il, peuvent être de mauvais médias (moyens de reproduction), c’est parce qu’ils servent (consciemment ou non) les intérêts de ceux qui les produisent. Ceux qui ont les moyens de reproduction des œuvres d’art sont aussi ceux qui ont les moyens de production, et ce qu’il craint (et regrette dans le cas du nazisme et du fascisme notamment), c’est que l’art et la tradition soient instrumentalisés, détournés de leur signification originale, au profit d’intérêts particuliers. Les moyens de reproduction technique sont des intermédiaires qui médiatisent la chose reproduite, et, de cette façon, quand Benjamin analyse leurs effets sur l’œuvre d’art, il produit une critique des médias, qui, selon lui, sont utilisés, sans suffisamment de sens critique. D’une certaine façon, ce qu’il regrette c’est déjà que le medium est le message et que la signification de l’œuvre d’art puisse se réduire au medium à travers lequel elle s’expose. Ainsi, dans sa Petite histoire de la photographie, il écrit « La légende ne va-t-elle pas devenir l’élément essentiel du cliché ? », comme si ces nouveaux media nécessitaient explication, qu’il fallait un savoir d’accompagnement pour comprendre ce qu’ils contiennent, comme si la critique était indispensable à leur bonne appréhension. Tant qu’il y aura encore du rêve, il y aura toujours de l’aura dans le monde. Mais l’œil éveillé ne désapprend pas la force du regard quand le rêve s’est complètement éteint en lui. Au contraire, ce n’est qu’alors que son regard devient vraiment fort. » Cela signifie que le regard de l’homme devient fort quand il cesse de croire par avance à la force de ce qu’il regarde ; le spectateur acquiert une compétence, celle du scepticisme. Son regard, qui était impliqué et rêveur, se fait plus suspicieux, devient averti au lieu d’asservi. Benjamin conclut : « Sans le film, on ressentirait la perte de l’aura à un degré qui ne serait plus supportable. » Il veut dire par là que les films détournent le regard des hommes, leur propose une nouvelle voie, une autre vérité qui empêche leur scepticisme de s’exprimer avec trop de violence. C’est ainsi que ces nouveaux médias qui soumettent ce qu’ils reproduisent à la critique doivent eux aussi être critiqués (si on ne veut pas perdre la valeur de la tradition et remplacer des croyances par d’autres). Car si ces moyens de reproduction technique contribuent au déclin de l’aura des anciennes formes d’œuvres d’art, ils n’en pas moins le pouvoir d’auratiser le regard de leur spectateur. La théorie sociologique de l’art de Walter Benjamin l’amène à peu s’intéresser aux œuvres même mais plutôt à leurs fonctions. Il perçoit la possibilité de reproduction technique comme le plus profond bouleversement de l’histoire de l’art. L’art des origines avait pour vocation d’aider les hommes à maîtriser la nature et le monde, la reproduction des œuvres d’art vise à maîtriser l’art lui-même. L’aura qu’on peut conférer à une œuvre est la marque de son utilité sociale, la traduction des représentations qui l’entourent. Sortie de son contexte culturel et social, l’œuvre d’art perd « son ici et son maintenant », perd sa signification, d’où le ton apparemment alarmiste du texte et l’usage du terme de « liquidation » qu’entraînerait la reproduction technique qui détourne l’héritage culturel et la tradition de leur fonction. Les nouvelles techniques en se réappropriant et en reproduisant les anciennes détournent les masses de la vérité historique des œuvres. Cependant, si on peut avoir l’impression que Benjamin n’évoque que de la dégénération de l’art du passé, il parle aussi de l’art contemporain ; il ne pose pas la question de la valeur artistique de la photographie ou du cinéma, pour lui la question est : que devient l’art à travers ces médias ? Il s’inscrit dans une histoire de critique et de théorisation sur l’art et contribue à ouvrir un espace de critique des médias dans une optique sociologique de compréhension du monde. Il décrit le déclin progressif de l’aura unique, de la tradition unique au sein de laquelle naissait et mourrait un homme, mais ce n’est pas la fin de l’aura : on continue d’attribuer de l’autorité et un certain pouvoir aux œuvres d’art. L’homme sécrète l’expérience de l’aura pour répondre à l’abîme qui lui fait face, trouver un sens à ce qu’il voit et vit. Le déclin de l’aura et la reproductibilité technique marquent la fin du sens unique au profit de sens circonstanciels, c’est en quelque sorte le gain d’une marge de liberté. L’homme peut dorénavant prendre en compte la part de hasard dans sa vie. Avec les techniques de reproduction, l’histoire de l’art aide à mettre fin au hasard de la rencontre mystique avec l’œuvre, l’homme n’est plus soumis à l’arbitraire qui fait qu’il doit croire à la réponse proposée (imposée) par l’œuvre ; mais, à l’inverse, sortie de l’immuabilité et de l’éternité de la vie sacrée, l’œuvre d’art se retrouve soumise aux hasard et vicissitudes de la vie des hommes. Par un double mouvement contradictoire, elle perd son étrangeté pour en gagner une autre, est écartée du hasard divin pour être confrontée aux hasards humains. L’époque moderne fait l’expérience du désenchantement du monde, et nous permet de découvrir le sens de liberté des objets que nous produisons sans les regarder, nous rend attentifs à leur fragilité. Nous voyons les choses affranchies de leur sens symbolique pour saisir en leur ruine l’allégorie d’un présent qui vaut pour lui-même. Notre regard est déplacé. C’est ce que nous permet de comprendre le texte de Benjamin, qui s’il est toujours présent aujourd’hui, bénéficie incontestablement d’une certaine (actualité) aura. Qu'aurait dit Benjamin d'Internet et des modifications qu'il apporte à nos expériences de l'aura ? Ne serais-je pas moi-même en train en train d'essayer de me créer une nouvelle aura dans l'oeil de mon lecteur s'il a eu le courage de me lire jusque-là ?

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    Mes anciens ! Enfin, "mes", façon de parler, on n'est à personne, on est à soi, on est à tous. Je vous avais parlé d’eux ensemble la dernière fois en été 2011. Enfin, si, j’en ai reparlé un peu après, mais depuis l’an dernier, c’est un peu différent. Très différent même. Je n’ai pas envoyé de carte postale de vacances l’été dernier à Marguerite. Je ne lui ai pas envoyé de carte de vœux pour cette nouvelle année 2013. Je ne lui ai pas fait de visite à l’improviste dans son petit appartement du rez-de-chaussée qui avait été vendu à la ville depuis longtemps. Je n’ai pas regardé si ses grands volets étaient ouverts ni s’il y avait des petits rayons de lumière qui filtraient derrière eux. C’était la plus jeune, et du haut de ses petits nuages, je sais que Marguerite me cligne maintenant de l’œil… Heureusement, il "me" reste les autres. J’ai passé une journée avec Lucienne, quatre-vingt-seize ans, déjeuné et dîné avec elle. Lucienne a sa mémoire qui flanche un peu, mais pas trop. Elle est dépassée par les événements. Elle se ballotte au gré des contacts. Elle vit seule mais n’est plus trop autonome. Enfin, si pour la vie quotidienne, mais elle ne peut plus gérer ses papiers, ses factures, ses relevés bancaires etc. Elle est un peu aidée. Sa forme mentale est directement proportionnelle à son humeur, et son humeur directement proportionnelle à sa sociabilité. Lorsqu’elle est seule, elle se ronge la mémoire. Mais entourée, elle est heureuse et pète la forme. Le temps passé avec elle est donc immédiatement récompensé : elle va mille fois mieux après qu’avant, malgré la lourdeur du repas (elle mange toujours modérément) et la fatigue des déplacements ou de la conversation. Il y a sans doute deux catégories de personnes : celles qui s’épuisent en papotant avec les autres et celles qui se regénèrent en papotant avec les autres. Elle fait partie de la deuxième catégorie. Assurément. En guide de cadeau de Noël, je lui ai offert un petit album photos. J’avais passé une nuit entière à sélectionner et imprimer les dizaines de photos prises depuis une quinzaine d’années. Je ne pensais pas que ce serait si long. Cette imprimante n’est pas le TGV. Idée intelligente, oserais-je dire avec le manque de modestie de ceux qui ceux qui sont contents de leur trouvaille. Une photo ramène au passé (où Lucienne vit depuis une dizaine d’années), ranime la mémoire, et consolide le présent. La vieillesse a aussi de ses retours de bâtons. Quand on n’est déjà pas trop fin psychologiquement, on peut faire des gaffes (genre blesser sans s’en rendre compte), alors, la vieillesse, la surdité et les boulettes de mémoire aidant, c’est bien pire. Lucienne a même été capable de dire devant une personne comme elle l’ennuyait en pensant parler à quelqu’un d’autre. Car c’est cela qui la caractérise depuis quelques années, elle prend ses interlocuteurs pour d’autres. Du genre, son fils pour son mari, parfois même pour son père. Mais elle est lucide, elle s’en rend compte et rectifie aussitôt. C’est assez étrange ce méli-mélo de la mémoire. Le cerveau, ce grand inconnu… J’ai même compris qu’elle m’avait pris un jour pour un camarade de classe, de classe, donc, lorsqu’elle était écolière à l’école primaire ! Nous étions remontés très loin dans les profondeur du temps. Même ses enfants n’avaient pas connu cette époque. Je venais de prendre au moins une cinquantaine d’années dans les dents ! Concrètement, c’est assez rigolo. Mais cela peut aussi un peu lasser. Heureusement, comme une vitre qu’on nettoie à cause de la buée, sa mémoire est capable de ressaisir la réalité. Les réflexes mentaux ont cependant la vie dure. Je parlais de la non-finesse psychologique. Elle a regardé toutes les photos, une à une. Attentivement. Elle se souvient très bien de son gendre, par exemple. Elle a eu beaucoup de compassion pour lui. Jusqu’à dire devant sa fille que lors des derniers repas de famille, elle ne regardait plus que lui, fascinée. Cela ne l’a pas empêché de dire, l’œil rivé sur une photo, comme une Vampe d’opérette : « Le pauvre… ben, il y a un peu de sa faute » ! Parfois, elle ne reconnaissait pas les personnes. Même elle-même ! Cette femme aux cheveux blancs, elle me fait penser à ma mère ! Mais non, c’est toi !! Il y a à peine deux ans. Elle a dit exactement : « C’était moi, ça, on dirait ma mère ». C’est vrai que vers les quatre-vingt-dix ans (je ne me souviens plus exactement), j’avais trouvé qu’elle avait vieilli singulièrement et je ne comprenais pas pourquoi (je suis une bille en matière d’observation féminine). C’était ses cheveux ; elle avait fini par ne plus teindre ses cheveux car elle faisait une allergie à la teinture. Des cheveux blancs, cela change tout de suite une personne. Pas forcément en mal. Elle a vu aussi des photos de sa sœur aînée, un an de plus qu’elle, en pleine forme. Je vous en ai déjà parlé aussi, elle s’appelle Germaine. Lucienne a du mal à comprendre cette longévité familiale. Leur mère est morte à quatre-vingt-douze ans, et elles l’ont dépassée depuis longtemps. La non-finesse psychologique pourrait donc alimenter les meilleurs sketchs. Parlant de sa sœur et ne comprenant pas pourquoi elle n’est pas encore morte, elle a lâché soudain, dans un excès d’étonnement qui pourrait aussi se porter sur elle-même : « Je ne comprends pas qu’elle bouge pas » ! Justement. Comme les deux sœurs ne peuvent plus trop se voir quand elles le veulent car aucune ne peut se déplacer en automobile, j’ai embarqué Lucienne dans la mienne et l’ai amenée chez sa sœur, à l’autre bout de la ville. Effusions habituelles. Vœux de santé et de bonheur pour la nouvelle année. Trucs habituels. Pour une fois, je suis allé les voir, Germaine et son mari Ernest, avec un bouquet de fleurs. C’est très rare de ma part, car je sais qu’ils n’aiment pas. D’habitude, j’arrivais les mains vides. « Fallait pas le faire ». Heureusement, j’ai pu répliquer sans problème : Faut pas exagérer mais chaque fois que je viens maintenant, tu me sors le grand jeu. Du champagne ! À cause de sa surdité, Lucienne a peu participé à la conversation pour ce petit goûter. Mais elle était heureuse d’être là. La présence humaine lui donne toujours la vigueur qu’un peu d’eau redonne à une fleur cueillie. Celui qui a tenu le crachoir, c’est le patriarche au sourire d’ange. Ernest, à deux doigts d’être centenaire. Lui-même ne s’en rend pas compte. La peau lisse de son visage le rajeunirait d’une bonne trentaine d’années. Aucune crème pour maintenir la bicoque. Quand il était jeune, il avait toujours la peau tirée, rouge écrevisse, et cela lui a beaucoup joué de tours. Maintenant, il a l’air d’un poupon. L’œil pétillant de la farce et de l’humour. Ernest a raconté ses guerres. La Première guerre mondiale. Oui, la première. Il avait déjà une belle voix. Il aurait dû être chanteur. Il avait chanté la Marseillaise à quatre ans. Et on l’avait mis dans un avion. Il a touché à tout. Il voulait faire pilote. À quatre ans, il avait failli faire des dégâts, à force d’appuyer partout sur le cockpit ! Heureusement, on le surveillait. Ce fut donc l’armée de l’air. La Seconde guerre mondiale, c’était moins rigolo. Il avait vingt-sept ans en 1940. Il était mécanicien dans l’aviation et il était chouchouté par tout le monde. Même par les officiers. Il faisait la moindre réparation. Poste stratégique. On l’avait mis de garde un jour, et on l’a engueulé : il était bien trop précieux à l’atelier pour lui faire perdre son temps à la garde. Dans certains univers, l’aristocratie n’est pas ce qu’on croit. Le pauvre ne dort pas trop sur ses deux oreilles. Il se réveille en pleine nuit soucieux de problèmes éphémères qu’il ne devrait plus avoir à cet âge (des problèmes de paperasses et d’argent). Cela contraste avec l’image qu’on pourrait avoir de lui, perpétuel joyeux luron. Le stress est simplement masqué par une bonne humeur naturelle. Lorsqu’il s’est relevé et s’est avancé pour me dire au revoir, il avait pris sa canne. Son corps robuste est assez difficile à déplacer même s’il fait tous les matins ses exercices d’assouplissement avec une assiduité et une persévérance qui devraient servir de modèles pour les plus jeunes. Il en profita l’œil brillant pour me montrer plus précisément sa canne. Avec un anneau en ivoire. « On n’en fait plus des comme ça ». J’ai eu alors droit à une petite histoire familiale. Sa canne appartenait au grand-père de sa femme, Alphonse. C’était un homme assez rigoureux. Alphonse était un professeur d’histoire et de géographie et il faisait aussi des cours de morale dans un grand lycée technique de la région. Un hussard de la République. De la Troisième République. Il est mort assez jeune. À soixante-treize ans probablement après un accident vasculaire cérébral qui l’a empêché de parler à la fin de sa vie. Comme à l’époque, il n’y avait pas de retraite, il travaillait encore, il enseignait encore, ce qui l’obligea à arrêter prématurément. C’était autour de 1930. Ernest était même fier de son "beau-grand-père" (qu’il n’a donc pas connu), car un de ses clients, plus tard, lui raconta qu’il était aussi un ancien élève d’Alphonse et il a pu ainsi confirmer que l’enseignant était un puits de connaissances. Ses camarades et lui, l’ancien élève, avaient cherché à le coller sur le nom d’un fleuve dans un lointain continent et le brave Alphonse était capable de leur donner ce nom ainsi que celui de ses affluents. Les élèves en furent bouche bée. Admiratifs. Germaine enchaîna alors sur sa propre naissance. Elle est née au début de la seconde année de la Première guerre mondiale chez son grand-père qui habitait en ville. Son père, Hubert, fils d’Alphonse donc (attention, il faut un tantinet suivre !), était mobilisé sur le front lorrain, mais comme il a souffert d’une pleurésie, il a été rapatrié chez ses parents. Émilienne, l’épouse de Hubert (et mère de Germaine, celle qui est mort à quatre-vingt-douze ans), était donc enceinte pour la première fois et se trouvait aussi pas loin du front, seule. Elle a voulu rejoindre son mari pour accoucher, et a donc traversé les lignes de front, attendant la fin de la bataille pour retrouver ses parents et son mari. Pour son premier bébé, Émilienne était déjà bien âgée pour son époque, trente et un ans. Et elle était un peu plus âgée que son mari. Elle a eu son troisième enfant à quarante-trois ans. Émilienne n’avait pas manqué de courage mais n’était pas beaucoup appréciée de ses beaux-parents. Alphonse aurait voulu pour son fils Hubert un parti un peu plus… enfin, un peu moins roturier. Hubert était le scientifique typique de la première moitié du XXe siècle, scientiste et rationaliste, hypermachiste au point que son épouse Émilienne, d’une grande délicatesse intellectuelle, a dû exercer son métier d’institutrice en cachette de son mari car ce dernier n’aurait jamais supporté que sa femme travaillât… À quatre-vingt-dix-sept ans et demi bientôt, Germaine sera dans quelques semaines l’épouse d’un centenaire avec qui elle aura vécu mariée pendant près de soixante-seize ans. Entre Noël 2012 et le nouvel an 2013, Ernest et elle m’avaient tendu le journal local qui avait fait un article sur un couple qui avait fêté leurs noces de chêne, soit quatre-vingt ans. « Ils ont le même âge que nous, mais ils se sont mariés plus tôt ». C’est vrai qu’Ernest a attendu ses vingt-quatre ans pour se marier, il aurait pu faire plus vite. Et Germaine avait déjà plus de vingt et un ans. Mais ce n’est pas cette grande longévité qui plaît tant à Germaine. Ce qui lui donne toute sa fierté, elle qui a ancré en elle les valeurs familiales, c’est qu’au mois de mars, elle va devenir enfin arrière-arrière-grand-mère. Une petite fille va en effet naître et va même se prénommer Germaine, sans doute en son honneur. Sa petite-fille sera donc grand-mère à …quarante-cinq ans. Une lignée typiquement féminine : la fille de la fille de la fille de la fille de Germaine. J’attends donc avec impatience la future photo des cinq générations ! Épisodes précédents : http://www.pointscommuns.com/c-commentaire-cinema-61904.html http://www.pointscommuns.com/lire_commentaire.php?flag=L&id=83200 http://www.pointscommuns.com/c-commentaire-musique-97965.html http://www.pointscommuns.com/c-commentaire-cinema-101839.html http://www.pointscommuns.com/c-commentaire-medias-101901.html http://www.pointscommuns.com/c-commentaire-lecture-102183.html http://www.pointscommuns.com/c-commentaire-medias-102917.html

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  • 02/15/13--22:09: VIANDE HACHEE par Feudouce
  • Les mics macs transformant la viande de boeuf en viande de cheval ou vice versa ont orienté les projecteurs sur les dysfonctionnements de l'agro alimentaire: http://www.rue89.com/2013/02/15/il-fallait-garder-40-de-la-viande-avariee-239652 On voit ici des employés condamnés à mélanger un minimum de 40% de viande avariée avec de la viande correcte pour faire une purée de viande qu'on agglutinera à de l'azote liquide avant de la découper en petits cubes bien réguliers .. Les cadences sont telles qu'il n'est pas rares que quelques doigts soient happés par les machines qui se bloquent. Quelques doigts hachés par les mâchoires du Grand Capital. Dans le même ordre d'idées, je me souviens d'un emploi que j'avais occupé dans un restaurant du boulemich, alors que je faisais mes études de philosophie à la Sorbonne. Mon travail consistait à réaliser des sandwitchs que je devais trier ensuite à l'aide de gommettes : bleu les frais, oranges les restants de la veille, et rouges ceux qui étaient déjà avariés. Naturellement, nous avions l'ordre d'écouler d'abord les avariés , mais de les échanger sans difficultés si les consommateurs venaient se plaindre ... Je n'étais pas très enthousiaste. Mais c'était ça ou geler dehors à faire des crêpes ! Je suis partie dès que j'ai pu décrocher un autre job. sur ma fiche de suivi, on avait écrit un peu instable. Change souvent d'employeur...

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    L’autre jour elle a reçu un texto : « Slt sa va, je voulais te dire que tu baise b1. W. ». Pour n’importe quelle femme, normalement, c’est un compliment. Mais elle, ça l’a fait hurler de … désespoir. Elle avait beau retourner la phrase dans tout les sens, faire des anagrammes abracadabrants, il manquait un p pour lire pardon et un x pour excuse. La dernière fois qu’ils s’étaient vus, c’était 2 mois et demi plus tôt. Ils avaient passé la nuit à l’hôtel. Toujours très classe, il lui avait laissé le soin de réserver la chambre (avec promesse de partage). Une nuit agréable pour elle et apparemment très satisfaisante pour lui. Au petit matin, à son réveil, elle lui avait dit doucement bonjour. Sans réponse, elle avait réitéré. Il avait alors grogné : - Je ne vois pas pourquoi je te dirais bonjour, vu qu’on a passé la nuit ensemble. - Ben…parce que c’est gentil, c’est tout… - Oh la la, s’était-il esclaffé, ça ce sont des trucs qu’on dit quand on a 60 ans, pas quand on en a (…) ! - Quel… con ! avait-elle répliqué, incrédule. Sur ce, elle lui avait tourné le dos et pensait que ses reniflements répétés allaient lui indiquer qu’il avait poussé le bouchon un peu loin. Que nenni. Il avait ajouté : - Tu ne vas pas pleurer parce que je ne t’ai pas dit bonjour, quand même ? Sans un mot, elle était allée prendre sa douche et chialer un bon coup. Quand elle était sortie de la salle de bains, il était parti. Elle a payé la chambre, tenté de l’appeler en vain. Elle est restée sans nouvelles pendant deux mois et demi jusqu’à ce texto. Vous comprenez mieux ? Mais ... pas de confusion, c’est POUR LUI qu’elle était désespérée ! Elle, il y a longtemps qu’elle a dépassé ce stade, désormais elle observe, encaisse, collecte, empile, compile, … (parfois aussi « ventile et disperse façon puzzle », genre Tata Flingueuse !) Elle aurait de quoi faire un mémoire. Un mémoire sur les handicapés de la parole, enfin sur les hommes qui ONT DES PROBLEMES POUR PARLER AUX FEMMES. Cet homme-là, dès le début, elle s’était dit que c'était un sujet intéressant. A part « bonjour », « encore » et « au revoir », jamais un mot plus haut que l’autre. Pas d’appels intempestifs entre leurs rencontres, le type discret à souhait, enfin… sauf quand il y avait urgence. Dans ces cas-là, il lui envoyait des messages. Ultra courts, les messages, visiblement il avait un peu de mal avec l’écrit aussi. Ah non, pardon… une fois il avait dépassé les 4 mots, lorsqu’elle lui avait dit qu’elle voulait rompre car elle ne trouvait pas souvent leur relation très satisfaisante. Il lui avait répondu : « Ah mais moi ça ne me dérange pas que tu ne jouisses pas… ! » Déjà là, n’importe quelle femme aurait fui, mais elle, elle s’est sentie… comme investie d’une mission. Ouais… ! « Il faut sauver le soldat William ! », c’est comme ça qu’il s’appelait. Elle s’était mise alors à lui égrener avec patience et parcimonie quelques conseils, à lui inculquer quelques notions basiques de psychologie féminine. Pour son anniversaire, il avait eu droit à la version en BD des « hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus ». Et de temps en temps, mine de rien, elle lui faisait écouter « Try a little tenderness » (mmm…Otis !) Au bout de quelques semaines de ce régime intensif, il lui avait semblé sentir un soupçon d’amélioration… un frémissement. Ils commençaient à tenir de petites conversations. Si, si… ! Une fois même, de fil en aiguille (comme on dit…) ils étaient allés jusqu’à quelques confidences sur leurs enfances respectives qui n’étaient pas très rigolotes. Et puis, quand elle lui lisait les histoires qu’elle écrivait, il aimait bien… Tout ça… Mais là, patatras ! Avec ce texto, elle eut le sentiment très net qu’il avait rechuté et qu’il faudrait tout reprendre à zéro. Ca l’a beaucoup affectée… Et puis… bon, c’était trop de boulot, elle a jeté l’éponge.

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    L'heure bâtarde s'achevait bien au delà de son temps imparti, elle m'avait livré son lot d'imprévus et me laissait retourner chez moi dans la nuit et l'indifférence de la ville qui s'était endormie. Pris dans mes frasques nocturnes j'avais raté le passage du marchand de sable. Arrivé à la maison sans plus tarder je me glissais dans les draps, bras écartés pour accueillir Morphée au plus vite, ne doutant pas qu’Ulysse reviendrait me jouer un air de flûte de son nuage en polyéthylène. A peine couché les cris caverneux d'un ours en peluche sous le lit me firent me relever, histoire que je me prenne les pieds dans la carpette et que je m'assomme contre la table de chevet. Le temps se mit à tourner en spirales me noyant dans un damier mouvant ses carrés noirs et blancs il m'aspira irrésistiblement me vidant de toute ma raison et m’attira sous le sommier. Petit Tom était là tel qu’ il y a un demi siècle je l'avais remisé sous mon lit, enfin un autre lit. Pas rancunier Il me tendit la main pour que je le suive. Il n'avait pas pris une ride, ses yeux de verre étaient toujours malicieux et brillaient dans l’obscurité. Le poil bouclé brun clair de son corps et teinté de blanc aux extrémités de ses pattes avait encore cette douceur cajolante qu’il m’avait dispensée contre mes joues pendant quelques années. Il avait bataillé dur pendant toutes ces années d’oubli mis pèle mêle dans la boite à souvenirs ancrée au plus profond d’une vie d’adulte. Dans cette lutte pour revenir au premier plan il avait rivalisé avec des trains électriques, des voitures lancées à toute vitesse sur des pistes tortueuses, affronté la faune d’une piste aux étoiles, et le plus difficile fut de distancer les mobylettes et de couper le son des électrophones qui l’avaient rendu malentendant. Dans cette lutte intestine il avait perdu son petit panier dans lequel il avait placé ses oeufs de pâques qu'il m'avait offert lors de notre première rencontre. Nous refîmes le chemin à l’envers, lentement nous remontions vers la source émotionnelle créatrice d’univers éphémères. Tout au long de ce voyage initiatique je revoyais mes chers disparus qui reprenaient vie et me souriaient contents de cette visite impromptue. Nous avancions dans un tunnel guidés par une lumière au loin qui nous attiraient comme les papillons de nuit. Petit Tom était fier de raconter ma vie, cette vie qui lentement avait expulsé un adulte par la suture lambdoïde de son cocon . Avec force de détails et d’anecdotes, il me contait tout ce monde merveilleux que j’avais construit avec lui le soir en nous endormant l’un contre l’autre. Puis vint le temps de l’amertume et du reproche, le questionnement de l’abandon du pays de la tranquillité aux profits d’horizons en friches ne suffisant jamais à la peine de chaque jour, la condamnation et le reniement d’une vie faite de douceurs et d’amour. Plus nous nous rapprochions du gouffre de lumière, et plus il me serait la main et me tirait en avant. Je résistais sentant ma fin venir, sa force était sans limite et je senti une partie de moi-même s’extirper de mon corps comme un pull lover tellement moulant que vous avez l’impression de vous arracher la peau en l’enlevant. Du haut de mes quatre ans je me retrouvais entre petit Tom et un adulte qui n’avait jamais trouvé de réponse au sens de sa vie. Une séparation létale et inévitable m’amenait à continuer ma route avec petit Tom, et je laissais la grande carcasse gisant au sol retourner dans les brumes d’un monde qui n’était plus le mien. Lcm

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    J'ai dix ans et je me souviens du prénom de grand -mère maternelle, un prénom très doux comme son regard qui, sur la photo, fixe un homme grisonnant, très grand toujours élégant. Sur le trottoir d'en face de la maison de mes grands parents, habite un russe aux moeurs étranges pour ma mémé. Elle me dit qu'il s'agit d'un rustre à la spiritualité latente( à 10 ans je ne comprends pas ce mot). D'après ma grand mère ce Russe( rustre), par son attitude, voulait rendre un hommage très spécial au ZAR ALEXANDRE dernier à se faire trancher la tête sur le sables (d'OLONNEKOF) Ah ! mes anciens !! quel étrange discours tenait ma grand-mère Mon adorable grand-mère, c'est toi que je veux retrouver chaque matin au lever du soleil, mais je me fais un film tout simplement génial .

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  • 02/19/13--05:19: "CHEZ MAURICE" ! par Voltuan
  • On s'était donné rendez-vous "Chez Maurice" le fameux bar à tableaux de la rue Peinturemuche à 18H30 pétantes ! Vertonique était là, Carmina aussi, Rougeline avait fait le déplacement, de même que Jaunette, Cimaise et Incarnate...Manquait juste Bleu de prusse, notre ami corse ( il avait en effet des origines mixtes et fécondes ) , qui avait eu tant de taf ce jour-là qu'il avait dû se décommander vite fait bien fait le bougre :) Tout, dans ce bar à nul autre pareil, était fait pour l'artiste en goguette, puisqu'en posant ses affaires dans le vestiaire on pouvait admirer telle toile de Maurice Denis, telle toile de Paul-Elie Ranson ou de Paul Sérusier....Mais ce soir-là, fête était due au peintre de la même époque : Georges Lacombe, un autre symboliste ( peintre et sculpteur ), tout aussi passionnant que ses collègues et amis ! Ah..."Chez Maurice", que de joies, que de plaisirs innombrables...D'autant plus qu'en contemplant et étudiant les tableaux on pouvait se mettre autour d'un buffet et dîner tous ensemble ! "Chez Maurice" faisait également bar PMU : Peinture Murale Autorisée ( ! ), n'importe quel convive pouvant, munis de ses pinceaux, décorer les lieux selon son humeur :) Question repas, Carmina avait jeté son dévolu sur un aplat de moules...Rougeline, choisissant une gouge de tofu....Jaunette craquant pour des poireaux vertigineux...Cimaise s'éclatant avec brio avec une vague de raviolis végétariens ( elle avait en effet eu vent des affaires de trafic de viande ici où là et tenait illico presto à modifier son régime )...Vertonique avait craqué pour le mousseux de "Chez Maurice"...Incarnate quant à elle, trouvant son bonheur dans une corbeille de fruits géants symbolisant l'Origine du Monde, à travers attributs masculin et féminin cette fois ! -Passe-moi l'huile me disait Carmina...! -Tu reprendrais bien un bout de fusain ? lançait Vertonique ! -On en a plein nos palettes, c'est excellent :) -Bougez-pas, je reviens...Chevalet aux toilettes ! -On riait comme des fous, à tant de bêtises frivoles, mais Dieu que c'était bon :) -J'entendais Rougeline mordre à pleine dents dans une rançon d'artichauts fourrés aux amandes...Quel appétit mes aïeux ! On aurait pu syncrétiser cette folle soirée par un tableau représentant le déjeuner sur l'herbe de Manet : ambiance chaleureuse en tout point ! Mais Edouard n'avait jamais fait partie de l'école symboliste ! Impossible à quiconque de caricaturer une telle soirée, faite de fous rires complices et d'études les plus sérieuses de tableaux de maîtres comme de plats de maîtres-queues ! Principe du Jeu "Chez Maurice": à partir de 10 mots ( plus un onzième inventé : "syncrétiser" ) écrire un commentaire, suite à une sortie PCC entre ami(e)s ! Ces mots étant donc : moule, Lacombe ( ou la combe ), corse, rançon, vague, géant, vestiaire, vertigineux, gouge, caricaturer :)

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    Franchir la ligne rouge ,sans y penser Ne marquer aucun temps d'arrêt sur les conséquences et la portée de la parole et de son sournois effet Et...Notre besoin de consolation est impossible à rassasier  Blesser sans réflexion Sans aucune considération conforté dans la notion Que notre monde est la seule juste vision Et ...Notre besoin de consolation est impossible à rassasier  En vive sémantique, se hâter Onaniques pulsions immédiates La ligne rouge est franchie ... Qu'importe ...l'auto-satisfaction est assouvie! Et ...Notre besoin de consolation est impossible à rassasier  Cette immédiateté de mots jouteurs Ne rapproche pas et éloigne en stupeur car les mots ont aussi le pouvoir libérateur de faire et défaire les rois hâbleurs Et...Notre besoin de consolation est impossible à rassasier  Les mots qui tentent de relier nos intérieurs ne résistent pas aux mots lamineurs Ils sont balayés par les mots péroreurs de l'égo ,pervers ,rouleau compresseur Et ...Notre besoin de consolation est impossible à rassasier  Ils ne sont pas du même monde rassembleur et ce monde langage ,non posé ,et opposé ne peut en conscience ,coexister Et ...Notre besoin de consolation est impossible à rassasier  Un monde de mots s'est ligué pour être mots tumeurs Un monde de mots est dédié a n'être que mots destructeurs Un monde de mots refuse le statut de mots éclaireurs Un monde de mots en déni de mots rédempteurs Et,...Notre besoin de consolation est impossible à rassasier 

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  • 02/17/13--14:04: J'ai dix ans par Tourdyvoir
  • J'ai dix ans...et je crois que j'ai déjà tout compris.. Ma mère dit "méfie toi des hommes et de leurs combines"..et aussi "tu sais le sexe, pour ce que c'est bon..!!!". Moi, je suis une petite fille souriante..confiante, ils m'auront pas..c'est moi qui les charmerai..d'ailleurs mon instituteur m'aime bien! J'ai compris que mes parents avaient une vie d'merde et que jamais, je ne serai comme eux..moi, je souris et la vie me souris parce qu'elle a pas l'choix!! C'est moi qui décide...je me déclare "maitre de ma vie" et elle n'a qu'à bien s'tenir.! J'ai dix ans...je souris et ça étonne tout l'monde...vu le merdier ambiant dans lequel on impose ma vie. Je ne cède pas un centimètre de ce sourire à la déprime de ma mère et la colère perpétuelle de mon père..il ne m'auront pas!! Je me demande parfois du haut de mes 1M35 si ça les dérange pas un peu....mes frères et soeurs sont térrorisés et moi..je souris, je me moque de cette vie parce que je sais...je crois avoir compris qu'il ne faut pas céder à la tristesse pour faire fuir le mal. J'écris des poèmes...je chante dans les toilettes..plus tard, je serais "patineuse artistique"...et je glisse dans les flaques d'eau gelées en étirant les bras gracieusement. J'ai compris depuis longtemps qu'il faut être polie et bien élevée mais montrer les dents quand il le faut...d'ailleurs les miennes sont un peu en avant, le dentiste veut me coller un appareil et moi, je n'veux pas de ce truc dans ma bouche. Je fais des voeux inversés parce que je suis un peu supersticieuse...je souhaite une chose pour obtenir son contraire et ça marche.. Je fais ça parce que ma mère dit qu'on a pas d'chance alors en souhaitant un truc pas terrible..j'obtiens le contraire. Notre grand mère ne nous aime pas..ça aussi, je l'ai compris très tôt à la façon qu'elle a de nous embrasser mon frère, ma soeur et moi...on dirait qu'elle a peur de se salir.. Elle oublie tout le temps que c'est Noël ou notre anniversaire...j'y crois pas!!! Des fois, j'ai envie de me précipiter sur elle, juste pour lui faire peur!!!!^^ Elle ne nous aime pas parce que nous sommes les enfants d'un homme qu'elle n'aurait pas choisi pour sa fille...et elle, elle n'a pas choisi non plus son mari..on lui a imposé, c'est ma mère qui me l'a raconté..elle dit qu'elle aimait le frère de son mari, qu'on lui a imposé un mariage avec mon grand père qui avait 17 ans de plus qu'elle et c'est pour cela qu'elle est aigrie. Ma mère dit aussi que sa mère ne l'aime pas...qu'elle lui trouve toujours quelque chose de "trop"..trop grande...trop forte...trop blanche...trop libre..trop intelligente...trop en avance sur son époque et nous, ses petits enfants, on est "trop" tout court...pas comme nos cousins et cousines qui sont des enfants parfaitement à leurs places. Ce que je comprends dans tout ça, c'est que les autres aimeraient nous imposer des choses et moi..moi.. je ne suis pas d'accord! Plus tard, quand je serai grande..je ferai que ce qui me plait..je l'jure!!!!!! Je serai patineuse .. je sourierai tout l'temps et je ferai des voeux contraires parce que ça marche!!

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  • 02/19/13--10:38: Chez Maurice par Sois toi
  • On peut participer au jeu même si on n'était pas chez Maurice, que par ailleurs je connais très bien? si oui, voilà. sinon, de même. C’était bien, chez Maurice. On longeait en douce le vertigineux vestiaire, vague vestige d’un temps révolu, pour arriver devant le Corse, un géant muscles croisés sur sa poitrine velue, rescapé d’une demande de rançon, arborant un œil borgne sous bandeau noir que personne ne s’aventurait à caricaturer et qui lorsqu’il voulait syncrétiser, disait-il- pour ne pas dire concrétiser, car il avait des manières, ce Corse- emmenait la petite dans la combe et lui mettait sans plus de préambule sa gouge dans la moule.

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  • 02/19/13--05:18: chez Maurice par Touslesbato
  • Quand des commentaires se téléscopent au gré des correspondances, celui-ci aurait pu s’intituler « comme des frères … mais pas pareils », il s’appelle chez Maurice et ça lui convient très bien et fait ainsi le lien avec un com ancien qui s’accrochait et s’accroche encore au film « ivre de femmes et de peinture ». D’ailleurs, si un jour vous tombez dessus (sur le film), plongez-y c’est un régal visuel, mais pas seulement, une appréhension de la création comme on a peu fait au cinéma (et lisez le com aussi, tiens je vous mets le lien, il faudra juste le copier dans les réactions pour le lire ensuite, il éclaire d’une lumière mélancolique ce présent com qui ne le sera pas beaucoup) … http://www.pointscommuns.com/ivre-de-femmes-et-de-peinture-commentaire-cinema-84618.html Bon bref revenons à nos moutons, à nos deux faux frères qui s’aimèrent très fort tout en ne se ressemblant pas tant que ça, - même s’ ils étaient artistes, - même s’ ils fréquentaient le même groupe d’artistes, appelés les nabis, - même s’ ils connurent la paternité au même moment sans l’éprouver de la même manière - même si tous les deux se sont trouvés exposés post-mortem (enfin leurs œuvres) à quelques années d’intervalles au musée Maurice Denis à Saint-Germain en Laye. Georges Lacombe (et pas La combe) est né en 1868, 7 ans après Paul Ranson (et pas rançon) . Il nait dans un milieu aisé, nettement plus que celui de Ranson. Lacombe lui n’a jamais dû lutter pour vivre, et sa peinture, sa sculpture témoigne d’une énergie et d’un bon vivre certain, bien qu’il n’évacue pas les thèmes morbides, bien au contraire mais il les traite sans complaisance, sans pitié comme s’ils les prenaient à bras le cœur (lapsus je le garde). Car contrairement à Ranson qui mettait au vestiaire ses pensées morbides mais ne pouvaient s’en défaire, car elles resurgissaient quand il n’y pensait plus, Lacombe n’hésite pas à se frotter à l’horreur du monde, à le montrer et à le mettre en scène, une manière de l’accepter à défaut de l’exorciser. Car oui, la réalité dépasse en horreur ce que jamais on ne pourrait jamais imaginé (tel ce petit tableau un peu flou où des femmes sont aux lavoirs, 2 pêcheurs au premier plan, au milieu un cours d’eau, atmosphère tranquille, pas si sûr car si l’on s’approche on voit flotter dans cette eau qui vit qui semble suivre son chemin, de drôles de choses, en fait des animaux et même un fœtus pas du tout vivants car la réalité de cette époque c’était d’abandonner des bébés et les prétendues lavandières étaient chargées de la mise à mort). C’est notre guide passionnant qui nous l’a appris, car c’était impossible de le savoir rien qu’avec nos yeux… Je sens que ce com prend une tournure un peu foutraque qui me plait. Foutraque, je ne sais pas si Lacombe l’était mais il n’a pas hésité à mélanger les genres, à toucher à tout et souvent avec bonheur. De ses marines et paysages symboliques aux couleurs pétantes, aux vagues furieuses et aux gouffres vertigineux, d’autant plus déconcertants que les angles de vue sont multiples, à ses paysages serpents qui ressemblent à ceux de l’univers de Ranson, il va pourtant se singulariser. D’abord il est beaucoup moins fasciné que Ranson par la femme, Ce n’est pas elle qui l’intéresse, c’est l’humain et la nature, ou comment l’humain se place dans la nature, dans le grand cycle naturel. Alors oui, il peint des femmes, mais bof elles sont loin d’être aussi attirantes que celles de Ranson car en fait il n’idéalise pas les personnes à l’inverse de son ami, il peint des femmes lourdes, paysannes, ancrées dans la réalité (les hommes aussi ne sont pas idéalisés loin de là). Là où Lacombe excelle, c’est en sculpture, il manie la gouge de main de maître, ses bas-reliefs et ses personnages en bois en témoignent. Notamment son christ majestueux qui témoigne d’une zénithude absolue, puisque n’étant ni clouté ni blessé. Tel un pharaon serein, celui-ci nous contemple les yeux mi-clos du haut de sa croix, comme en lévitation. C’est tout de même une sculpture taillée dans un seul grand morceau de bois (à part les bras étendus rajoutés après) et elle semble si légère que l’on se prend à rêver, nabi ne signifie-t-il pas mage ? Sans oublier le détail comique quand plus loin, on découvre la photo de Lacombe prenant lui-même la pose avant de créer son christ. Il devait quand même bien s’amuser ce géant de Lacombe, qu’on appelait le nabi sculpteur, on aurait aussi pu le surnommer le nabi farceur tant il passait son temps à syncrétiser toutes les influences. Farceur et doué en dessin, donc en caricature aussi. Il y a beaucoup de vie dans ses bonhommes moustachus, ses femmes du monde faussement élégantes et ses abbés ventrus et rigolos. D’ailleurs il croque merveilleusement son petit ami Ranson et lui-même en grand échalas déambulant à vélo, peut-être utilise-t-il aussi son penchant à caricaturer pour digérer les aléas et les aberrations de l’existence, certainement par exemple quand on sait que Ranson est venu se réfugier un très grand moment (des années !) chez Lacombe dans cette famille qui n’est pas la sienne alors que pourtant sa femme vient de mettre au monde son unique fils. Lacombe devait être un véritable ami pour Ranson pour accepter qu’il vienne vivre chez lui sans le juger sur une attitude qui parait révoltante. Après avoir vu les deux expositions et avoir parcouru les catalogues, après avoir observé leurs œuvres, je me dis que ces deux caractères opposés se complétaient merveilleusement. L’un (Ranson) était un artiste tourmenté dont les œuvres sont torturées et « romantiques, avec une attirance pour le surnaturel qui permet de supporter pas mal de choses, tandis que Lacombe me parait être un artiste et une personne bien dans sa peau et ses baskets, même s’il ne devait pas en porter à l’époque. Il a ainsi réalisé de nombreux portraits et de sculptures de ces amis artistes, scientifiques, on sent chez lui une sociabilité évidente que Ranson ne possédait pas, une sociabilité qui le pousse à aller vers les autres et une confiance en lui qui lui fait essayer tous les styles, toutes les matières sans complexes et sans à priori . Il teste même le néo impressionnisme comme Signac et Seurat (encore deux faux frères, je les confonds toujours ces deux-là). Une de ses toiles étonnantes est une marine, intitulée la baie (en Corse, à Cassis, je ne m’en rappelle plus ) avec plein de petits points colorés. Ca papillonne et ça se brouille devant l’œil, on est ébloui au propre comme au figuré. Alors bien sûr à la fin de sa vie, il rentre un petit plus dans le moule, ses œuvres sont plus classiques mais beaucoup d’artistes font un retour aux sources quand ils vieillissent et reviennent souvent à ce qu’ils ont un moment ébranlé comme Chirico, Picasso et aussi Ranson. Ranson, dont la mort a profondément affecté Lacombe, qui a multiplié les portraits et les sculptures de son ami après qu’il ait disparu. Ainsi va la vie et la mort à jamais liées, les vivants souvent rappellent les morts à la vie, avec tous les moyens qui leur sont bons. Si Ranson est mort en 1909 de la fièvre typhoïde, Lacombe lui survécut 7 ans et s’éteignit en 1916 de la tuberculose. Curieusement, malgré son talent, cet artiste attachant et touche à tout n’est pas très connu, peut-être parce qu’il n’a jamais cherché à exposer, à vendre ses œuvres, à être célèbre de son vivant. « Pour le plaisir », ça aurait pu être sa devise… La mienne aussi, je me suis fait plaisir en écrivant ce com avec les 10 (non 11) mots imposés en commun avec mes amis après notre visite de l'expo "les univers de Lacombe". En fait tout roule quand on aime ce qu'on raconte, quelque soit le "th'aime". Merci à l'art et à mes amis d'exister...

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    Du jardin de l'hôtel montait une senteur de terre mouillée. Elle pénétrait par la fenêtre ouverte et flottait dans la pièce se mélangeant aux odeurs de sperme et de cyprine, à la transpiration de nos corps. Ces mélanges d’odeurs chargeaient l’atmosphère dans laquelle flottaient nos corps épuisés par l’orgasme. Nous étions enivrés. Dans ce parfum primitif qu’il était doux de se laisser fondre ! Le désir ne tarde pas à se réveiller à nouveau. Je glisse mes lèvres le long du corps de Myriam. Chemin faisant mes lèvres boivent quelques gouttelettes de suer perlant sa peau. J’arrête le mouvement de mes lèvres parvenues au sexe de Myriam. Avec ma langue je me fraye un chemin entre les lèvres charnues, et je commence à caresser, à lécher, à mordre. Myriam laisse ses doigts courir dans mes cheveux. Elle gémit. Le plaisir gonfle son bas ventre, sa poitrine, lui coupe le souffle, et les mots deviennent gémissements. « Je le veux dans ma bouche. Je veux l’avaler. Je veux le dévorer. » murmura-t-elle. Bouche et sexe. Sexe et bouche. Il y a un vide. Un long tunnel où s’engouffre le silence, où le temps s’annule. Nous ne sommes pas de ce monde. Seule une vague conscience habite nos esprits. Le sexe de l'autre est prêt à se transformer en repas céleste. Doucement. Lentement. Furtivement. Caresses labiales, légères, fuyantes. Pour que le plaisir fige le temps. Pour mourir et renaître. Lenteurs et habiletés. Délices et supplices. La danse des langues nous offre une saveur de fruits inconnus, et nos papilles se dilatent de plaisir. La bouche de Myriam, aspirant mon sexe, goûte un parfum nouveau à chaque succion. La langue n'est plus la même à chaque caresse. Le plaisir monte le long de nos corps, occupe les moindres pores et interstices. Il se nourrit à chaque geste, devient plus grand, lentement, irrésistiblement. Il explose en feu d’artifice. Avant la chute ultime, avant la folle explosion. La langue de Myriam est une meule, mon sexe une lame à affûter. Je savoure le parfum de miel produit par le sexe de Myriam. Je fouille avec l'appétit d'un enfant gourmand qui ne peut pas lâcher le mamelon nourricier. Elle jouit. Une étoile explose dans le ciel. La lumière produite éclaire le noir de la chambre et nos corps d’un blanc phosphorescent. Les gémissements de Myriam sont des pierres précieuses, des bijoux, et mon sperme jaillissant se mue en perles rares. Caresses, gémissements, orgasmes, jouissances, sperme, miel d'abeilles nichées dans le vagin de Myriam devenu ruche. Le temps n'a plus ni jour ni nuit, ni aube ni midi. Au-delà de notre chambre d’hôtel, la terre est allée tourner autour d’un autre soleil emportant ses malheurs, ses joies, ses faux-vivants, ses vrais morts.

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  • 02/19/13--05:17: CHEZ MAURICE par Serenissima
  • En entrant, je reconnus le bistrot, pas le patron. Lorsque qu’Emile nous y avait entraînés, à la descente du bateau, la salle était plus sombre, mais illuminée par la beauté fraîche de sa fiancée Madeleine et de sa jeune sœur Berthe, qui étaient venues le chercher jusque au bas de la passerelle. Un dernier verre avant de se quitter, qui avait duré, tous empotés de notre toute nouvelle liberté. Nous n’étions pas si proches, mais il y avait eu comme une nécessité de partager ce dernier moment et, pour finir, l’un d’entre nous avait lancé « allez, chiche, on se retrouve ici dans vingt ans pile » et nous avions tous juré craché. Les filles avaient ri. Aujourd’hui, sous le même nom, les couleurs du mobilier et des peintures étaient trop vives, le patron plus jeune, comme si on avait voulu caricaturer les années soixante dix. Je n’était pas le premier. Je reconnus tout de suite Léonard, sa lourde carcasse empêtrée sur la chaise inconfortable. Impossible d’oublier ce géant, toujours aussi volubile. Il m’apprit très vite qu’il en était à son deuxième mariage, n’avait pas compris pourquoi sa première femme l’avait quitté, se plaisait dans son boulot d’administrateur dans un ministère mais connaissait de brutales crises de déprime sans savoir pourquoi. Il bougeait autant qu’il parlait, se levait de temps en temps, mais ne me posa aucune question. Je vis arriver avec plaisir Victor, il portait toujours les mêmes lunettes, vivait à Nantes et espérait que la nouvelle loi sur le prix du livre lui permettrait de sauver sa librairie que sa spécialisation sur l’époque coloniale et ses guerres ne réussissait pas à faire vivre. Puis vint Eugène, cheveux longs et peau brûlée, fébrile, nous ne l’aurions pas reconnu. Il était parti très tôt « tricoter des chèvres dans le Larzac », comme se moqua Léonard, mais lui ne pensait qu’à fêter leur victoire, ils resteraient sur leurs terre, seul le combat solidaire pourrait nous sauver, le savions-nous ? Le patron s’avança, vérifia nos prénoms, et nous donna une lettre de Gaston. Il avait changé de nom. Après avoir tenté du sport, plus souvent au vestiaire que sur le gazon, il travaillait à Hollywood où sa belle gueule taillée à coups de gouge lui valait des rôles de méchants ou de ténébreux ; il se souvenait bien du rendez-vous mais ne pourrait nous rejoindre, la rançon du succès, vous comprenez. Personne ne savait trop quoi dire, on se moqua gentiment, on évoqua ses succès auprès des filles, on s’étendit sur le cinéma américain. Malgré les tournées de p’tits jaunes, l’ambiance se traînait un peu. Nous commandâmes des moules et de la charcuterie corse, nous disputâmes un peu pour choisir le rouge, pour la forme. Nous évoquâmes mollement les absents, dont on ne savait rien. Nous remarquâmes une fille qui entrait, un peu étrange, belle avec ses cheveux rouges et ses bas verts. Après un regard circulaire, elle fonça vers nous. « Je suis Berthe, la sœur d’Emile.» Très vite, elle raconta. Peu après son retour, Emile avait quitté Madeleine, il ne faisait rien, se renfrognait, traînait toute la journée dans les calanques, jusqu’à ce jour où il n’est pas revenu. On n’avait jamais retrouvé son corps. Emile, le beau gosse au bagout chantant. Rattrapés par l’indicible, par ce que nous ne voulions ni voir, ni dire, ni penser, nous prononçâmes quelque parole vague et nous ne nous sauvâmes qu'en questionnant Berthe sur elle, si vivante au milieu de nous quatre. Elle était montée à Paris, adorait son métier de costumière de théâtre, de la rue à la scène, toujours en mouvement. Et moi, le Georges, surnommé La combe parce qu’il fallait beaucoup creuser pour m’arracher un mot, je n’était pas le dernier à la faire parler, afin d’échapper au silence vertigineux qui pesait sur nos têtes. Surtout ne pas se rappeler, surtout ne rien en dire. Vingt ans, c’était trop peu pour syncrétiser ces années volées, inavouables, ces années perdues, si bien tues. Nous remerciâmes Berthe d’avoir fait le voyage pour nous, et nous nous dépêchâmes de quitter Chez Maurice, chacun de son côté. La nuit tombait sur le vieux port et les pas étaient lourds.

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  • 02/19/13--05:17: Chez Maurice par Muneera
  • Mon très cher ami, Merci de tout cœur pour votre dernière missive. J’ai ressenti, de votre attention si délicate, une joie émue, et je suis contrariée de vous savoir souffrant. Depuis votre dernière visite, je me tiens informé de vos nouvelles publications et je suis avec intérêt le fil de votre actualité. J'y trouve toujours de nouvelles informations et de quoi nourrir mon insatiable curiosité. Bien peu de nouvelles à vous annoncer à dire vrai alors je vous écris ces quelques mots pour vous conter mon bonheur d'avoir trouvé vos amis là où vous me l'aviez indiqué, à la date prévue. Je vous remercie vivement d'avoir favorisé cette entre-vue qui n'aurait pu se faire sans votre amical concours. Ainsi, pourvue de mon invitation, je me rendis au lieu-dit avec mon chapeau... A l'heure dite, je n'y trouvais personne mais l'attente ne fut point vaine. Je vis quelques voiles, tout sourire, m'accueillir puis une Corse royale à diadème (je me sentis bien accompagnée avec mon couvre-chef!) ainsi qu'une princesse aux six mille royaumes et un ange anarchiste au blouson bleu comme le ciel (sans pancartes). Il y manquait cependant notre cher ami Versaillais passionné de voitures anciennes. Vous ne manquerez pas de le saluer de notre part à tous. La visite fut des plus motivante. Le guide passionné et passionnant nous fit pénétrer dans la combe verdoyante que fut l'inspiration de ce cher Georges. Dans l'antre du maître : tableaux enflammés, vagues bleues et orangées, mers jaunes et mauves, sculptures syncrétiques et peintures symboliques, néo-impressionnisme : la rançon du succès... Olympe de Gouges eut pu adorer la madone esthétique et les caricatures de l'artiste, eut-elle vécu à une autre époque. Nous franchîmes à pas de géant une vie et une œuvre si dense. Je ne peux que vous conseiller d'user de votre influence afin de faire découvrir les Nabis si mal connus, comme nous le fîmes jadis pour les rois du jazz. La perspective vertigineuse d'une séparation brutale de nouveaux amis nous poussa à satisfaire ensemble quelques besoins de bonne chère. Nous prîmes l'hippomobile et après un voyage quelque peu cahoteux, nous trouvâmes une auberge curieusement appelée « moulerie-crêperie ». Je vous laisse à penser la vie que nous fîmes. Point de moules mais des crêpes et du cidre à volonté pour nous satisfaire les papilles, quelle ambiance ! Puis il fallu dévaliser le vestiaire pour reprendre la route, entre les goutes, afin de trouver le repos bien mérité qui nous était dû. J'eus vent par la suite d'un ange qui aurait trouvé de nouveaux amis en la gente féline, VIP d'un canapé sur un bateau Mansonnien, je vous laisse creuser l'information... Je vous suis une nouvelle fois reconnaissante de cette incroyable épopée. J'ai retrouvé quelques photographies de ces instants magiques, je vais me hâter de vous les faire parvenir. Je lirai avec beaucoup de plaisir vos prochaines parutions et il me sera agréable d'en faire la lecture à mes chiens qui se languissent de cette neige trop fraîche. J'attends avec impatience notre prochaine rencontre, je garderai de vous un souvenir si vif. .. Dans l'attente, je ne cesserai de vous lire avec passion et entrain. J'ai déjà hâte de découvrir ces nouveaux écrits. Bien à vous, Votre fidèle amie... Le 7 février, jeu des 10 mots: Lacombe ou la combe, moule, Corse, rançon, vague, géant, vestiaire, vertigineux, gouge, caricaturer et mot supplémentaire: syncrétique ou syncrétiser. Musée Maurice Denis: Georges Lacombe

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    J'emprunte l'idée à Sois Toi ! :) "On peut participer au jeu même si on n'était pas chez Maurice, que par ailleurs je connais très bien? si oui, voilà. sinon, de même." Alors : Je n'en ai aucun souvenir , vraiment ... Rappelle toi , en Corse , Le vertigineux paysage Taillé à la gouge par un géant Rappelle toi , à Lacombe , L'excellence de ce repas Au bout du voyage Rappelle toi , chez Edouard , Le luxueux vestiaire envahi D'habits , rançon du succès Rappelle toi , d'Orient , Ces splendides icônes Sans les caricaturer Rappelle toi , à l'Ouest , L'écumeuse vague , d'Océan Et d'Azur syncrétique Rappelle toi , avec Vuillard , Le creuset , le moule Du décor d'Ibsen Rien , Nada , Niente , Nabis , Nothing , Nichts ... Maurice , tu pousses le bouchon un peu loin ! Sois Toi : http://rencontre.nouvelobs.com/maurice-commentaire-cinema-106331.html Muneera : http://rencontre.nouvelobs.com/pointscommuns.com-commentaire-medias-106316.html Lisa6000 : http://rencontre.nouvelobs.com/pointscommuns.com-commentaire-medias-106311.html Serenissima : http://rencontre.nouvelobs.com/le-silence-commentaire-lecture-106313.html#reactions Touslesbato : http://rencontre.nouvelobs.com/maurice-commentaire-musique-106317.html#reactions Voltuan : http://rencontre.nouvelobs.com/wonder-bar-commentaire-cinema-106328.html

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    Mardi 1er janvier Bien, ça fait un mois que j'ai été priée de laisser mon poste de dactylo, "vague de licenciement économique" qu'ils disent, trop facile, dernière arrivée, première partie. Marre de tout. Et Ju-ju qui ne supporte pas mon "instabilité professionnelle" comme il dit ...bien sûr, c'est très dur de ne pas savoir sur quel revenu compter, puisqu'il ne fait rien qu'attendre, espèce de caricature d’homme. Qu'il aille au diable avec sa nouvelle poulette corse ! ce n'était pas la peine d'attendre les fêtes pour quitter l'appart., j'aurais pu rendre les clefs toute seule; mais non, il faut qu'il fasse tout à la dernière minute; pour un peu et on arrosait la nouvelle année ensemble. Heureusement ma copine Mary était là pour me soutenir et m'héberger. Vendredi 1er février Quelle galère! je ne supporte plus ces hommes sadiques et manipulateurs ... ils veulent tous la même chose, ils ne regardent pas mon CV mais mon décolleté ... pfff... et je les vois! leurs regards libidineux, tous les mêmes, pas un pour relever l'autre. Et ces femmes qui se mettent à leur service, des gouges! qu'elles sont tombées bas, à jouer les veilles racoleuses pour leur maître; mais je les vois, je ne tombe pas dans le panneau moi! Je ne vais pas changer mon vestiaire rien que pour un entretien ! et puis pas de sous … c’est la rançon de ma liberté. Marie ne semble pas comprendre, elle ne voit pas comme moi, elle ne voit pas grande chose il faut dire. Son attitude a changé, comme si je faisais exprès de ne pas trouver du travail! Mercredi 6 février Quelle garce! là on voit les vrais amis! tant pis, j'ai mes ressources, c’est pas géant, mais j’en ai. Qu'ils aillent tous au diable! moi, je vais dans ma voiture. Il fait frais, mais au moins j'ai un toit pour passer la nuit, et pas comme ces clochards qui trainent par terre. OK pas d'essence, mais je n'ai pas besoin de bouger de ce parking, mes copains vigiles savent que je suis une fille bien, dans la panade, mais bien, et puis c'est provisoire, et puis la soupe populaire n'est pas si mauvaise, j’ai même mangé quelques moules ce midi, le luxe ! et j'ai trouvé des duvets tout chaud pour passer mes nuits, ça ne m'étonnerait pas qu'un nouveau Ju-jules frappe à mon carreau, j’ai fait un rêve hier soir, vertigineux le rêve … Il faudra qu’il se dépêche ! ou je vais finir chez Maurice, Maurice Lacombe, le syncrétiseur de filles …

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    Place du Tertre, à Montmartre... Chez Maurice, c'était bien, comme chez Lorette, on y faisait la fête... Maurice savait nous accueillir, toujours avec le sourire, même si nous n'avions pas un sou en poche. C'était un Corse originaire d'un petit village de montagne ; il était généreux, droit, très grand non seulement par la taille, on aurait dit un géant, mais aussi par l'esprit. Lorsque la bande de copains que nous formions arrivait joyeusement dans son petit restaurant, avec en tête du groupe, l'artiste-peintre, Lucien Lacombe, toujours prêt à caricaturer le patron et les clients, après nous être débarassés de nos manteaux au vestiaire, nous commandions, immanquablement, un plat de moules-frites arrosé d'un gros-plant bien frais. L'ambiance y était chaleureuse, nous passions des moments agréables ; Maurice était un peu notre famille à tous ; il aimait nous raconter des histoires de sa Corse natale, son passé de pâtre des montagnes, ses brebis, le fromage qu'il fabriquait avec le lait de son troupeau, le bois de châtaignier qu'il sculptait l'hiver, à l'aide d'une gouge, pour en faire de petits objets. Il savait nous passionner avec ses récits, nous aimions sa verve et son accent. Il semblait si heureux de nous faire partager ses souvenirs mais, parfois, nous le soupçonnions de broder autour de tout cela. Au fil des années, les situations devenaient de plus en plus rocambolesques mais, tel un héros, il se sortait toujours des écueils les plus vertigineux. Il nous avait raconté également cette demande de rançon contre la remise en liberté d'un homme influent et qui avait malheureusement mal tourné. Il était intarissable. Les années ont passé depuis mais je n'oublierai jamais toute cette époque merveilleuse de ma vie. A travers tous ses récits, il ne cherchait pas à syncrétiser, c'était loin de ses prétentions, mais simplement à nous faire part de sa propre philosophie, Carpe Diem, "Cueille le jour sans te soucier de quoi demain sera fait"

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  • 02/20/13--13:59: Maurice par Elena21
  • Bon je recopie la consigne chez Voltuan (tu veux bien ?) : "Principe du Jeu "Chez Maurice": à partir de 10 mots ( plus un onzième inventé : "syncrétiser" ) écrire un commentaire, suite à une sortie PCC entre ami(e)s ! Ces mots étant donc : moule, Lacombe ( ou la combe ), corse, rançon, vague, géant, vestiaire, vertigineux, gouge, caricaturer " c'est pas tout à fait "chez Maurice" (presque), c'est pas tout à fait une sortie PCC (chuis trop loin :( .... mais les mots je vous les sers dans l'ordre : Concentration ... je vais essayer de syncrétiser, les flux s’entrechoquent beaucoup. ça y est c’est bon ! je peux parler du moule-frites qu’on prend tous les samedis avec Momo ? Ben oui le moule-frites c’est chez le Père Lacombe à la brasserie en bas. Non il n’est pas corse Doumé Lacombe, pourquoi ? Je vous le dis : jamais il ne rend son tablier quelle qu’en soit la rançon sur son sommeil. Bon c’est sûr, la bière coule à flot chez lui et ça peut faire une grosse vague. Oui ! même le « moule-frites géant » il le fait ! Il a mis trois clous à côté de la porte d’entrée et il appelle ça son vestiaire (pffff) Et quand on rentre de chez Le Père Lacombe avec Momo ... l’escalier jusqu’à notre 3e sans ascenseur nous paraît parfois vertigineux . D’ailleurs, on a toujours une gouge à la main au cas où, on ne sait jamais C’est pas pour caricaturer que je dis ça, hein Maurice ? je mens pas ! Quoi ? vous entendez ce qu'il me répond le Maurice ? « - Et c’est pas tout … Si vous connaissiez sa pou-ou-ou -oule ! ….. »

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